dimanche 6 août 2023

 

NI OUBLI…NI PARDON!


NI OUBLI…NI PARDON!

Haïti a une histoire fascinante. C’est l’une des nations les plus fières au monde. Malheureusement, sa trajectoire a été tragiquement sabotée par les actions des puissances étrangères. Tout au long de ses 220 ans d’existence, le pays a connu une suite de déboires invraisemblables marqués par les assassinats politiques, les coups d’État, la corruption, les opérations secrètes et les complots commandités par la France, par le Canada, et par les États-Unis qui ont mis en place un système de prédation économique sauvage à son encontre dans l’unique but de prolonger leur domination financière et géopolitique. Surnommée à juste titre: la Perle des Antilles, Haïti était en effet cinq fois plus riche que la Chine en 1960. En plus de ses mines d’or, elle produisait dans le temps, environ 60% du café et 50% du sucre, vendus à travers le monde. Comment diable, un pays qui possédait autant de richesses autrefois, soit-il si pauvre aujourd’hui? Ils lui ont carrément tout pris. Ils l’ont pillé et, aujourd’hui encore, ils continuent à le sucer jusqu’à la dernière goutte de sang. Ceci n’est pas seulement de la méchanceté, mais de la pure cruauté. C’est également l’une des injustices les plus répugnantes de l’histoire de l’Humanité. Et dire que des traîtres ont collaboré avec les prédateurs. Un ancien premier ministre, dans un spectacle fantasmagorique digne d’un esclave à talents sur le perron de l’Élysée eut à dire devant son maître Jacques Chirac qu’il n’y avait aucune base légale à la demande de restitution de la dette de l’indépendance réclamée par le gouvernement haïtien en 2003 et qu’on y renonce. Comment oublier ce président du Conseil Électoral Provisoire qui a manipulé, et a falsifié le résultat des élections présidentielles de 2011 sur demande des États-Unis? Les abus impérialistes sont en fait les véritables racines de la misère et du déclin économique d’Haïti. Souviens-toi et ne pardonne pas, peuple haïtien!

Actuellement, on parle d’envoyer des troupes sur le territoire national afin d’aider à rétablir la sécurité. L’enjeu du moment est d’alerter les compatriotes sur l’ampleur de la conspiration préparée secrètement contre le pays. Cela participe à faire émerger l’idée que les Haïtiens ne peuvent pas se prendre en charge et qu’ils ont besoin d’un tuteur. Comme quoi, près de vingt mille policiers professionnels dont des unités spécialisées, bien entrainées et vachement équipées, ne sont pas capables de venir à bout de quelques bandits squelettiques. Et pourtant, le problème pouvait être résolu avec le seul soutien de la population. Pour preuve, l’insécurité avait un certain temps totalement disparu avant de recommencer à défrayer la chronique. Des éléments de la société civile, des journalistes, des professionnels de métier sont enlevés. Un véritable cri de colère pour certains, un cri d’alerte pour d’autres. Cela fait deux ans qu’on laisse prospérer cette activité dans la capitale haïtienne où les gangs armés règnent en maître et seigneur. Ils font et défont à leur guise avec la complicité des autorités étatiques et sous le regard bienveillant de la communauté internationale. Le phénomène s’est radicalisé et a même évolué depuis que le gouvernement a interdit à la population de donner la chasse aux bandits. La remobilisation s’avère donc nécessaire et urgente, c’est le seul remède capable de guérir la maladie. Il faut que le mouvement recommence et s’amplifie, mais de façon bien ordonnée. Qu’on ne s’y méprenne pas! L’insécurité est un peu comme un chien couché, il devient dangereux dès qu’on lâche la bride. Les derniers événements montrent que cette bride a été lâchée. Dans la situation actuelle, il y a plus important que le droit et les conventions internationales, c’est la survie de la nation haïtienne et de chaque citoyen haïtien qui est menacée. On n’oubliera pas les victimes, on ne pardonnera jamais à leurs bourreaux!

 Neque remissionem, neque oblivionem. Ainsi soit-il!

 

 Heidi FORTUNÉ

 Cap-Haïtien, Haïti, ce 04 août 2023

mardi 30 mai 2023

Sans Langue de Bois ni Xyloglossie

 


Sans Langue de Bois ni Xyloglossie

SANS LANGUE DE BOIS NI XYLOGLOSSIE

Il est des pays contre lesquels le malheur semble s’acharner. Haïti en est, hélas, l’un des tristes exemples. De l’asservissement à l’insurrection, les esclaves haïtiens chassent les colons français et fondent leur propre nation. Le monde occidental, en particulier, les États-Unis d’Amérique, la France, l’Angleterre et l’Espagne feront payer cher sa témérité pendant des générations à la première République noire, pour avoir osé se rebeller. Ils ne reconnaîtront pas son indépendance qu’ils considèrent comme un mauvais exemple pour leurs propres esclaves et feront tout pour la rendre instable. Et depuis, c’est le chaos politique, le marasme économique, la mise sous tutelle, le pillage des richesses, le vol, la corruption, la mauvaise administration, ajouter à cela, les multiples catastrophes, à répétition, liées aux phénomènes climatiques. Le destin a toujours été cruel avec le peuple haïtien.

Privée d’État et d’élite, pillée par les étrangers et trahie par ses propres fils, Haïti est un pays martyr. Et, de soi-disant amis de la communauté internationale portent une part énorme de responsabilité dans le désastre. Aujourd’hui, on a le sentiment de vivre dans un territoire délaissé des pouvoirs publics au profit des bandes armées. Combien de personnes vivent encore chez elles à Port-au-Prince? Combien ont quitté leurs domiciles pour ne pas se faire massacrer? Des quartiers et des villages se vident chaque jour au rythme des avancées alarmantes de bandits. Le gouvernement laisse faire, les médias grand public se taisent carrément. La population est livrée à elle-même. Les citoyens sont aux abois. Partout, c’est la peur et le désespoir. Même les Nations Unies se désolidarisent. Et soudain, comme à chaque fois quand ça va mal, se met à dégager une énergie collective plus entrevue depuis longtemps… Le peuple crée un mouvement spontané de résistance consistant à traquer et tuer les bandits.

Les avantages que cette réaction populaire apporte ne sont pas à ignorer. Non seulement elle soutient une cause morale qui est d’éradiquer le banditisme, mais aussi, elle se justifie comme de facto une expression de souveraineté populaire. Toutefois, ceux-ci sont moindres par rapport aux dangers qu’elle peut engendrer, vu son caractère inique et illégal. Il est prescrit: ”Nul ne peut se faire justice lui-même”. Dans toute société démocratique, l’État monopolise le pouvoir de punir en interdisant toute forme de justice privée étant tenu de garantir le droit à la vie (art 3 DUDH). Mais, qu’en est-il lorsque ce même État manque à son obligation et à sa responsabilité? Que doivent faire les citoyens quand, de connivence, le gouvernement s’abstient de prendre des mesures pour prévenir et punir les bandes de malfaiteurs? Quand tout va mal, il n’y a pas trente-six solutions, c’est la révolte générale.

Certains diront que la justice populaire ne doit, en aucun cas, se substituer à l’autorité judiciaire. La vérité c’est que l’autorité judiciaire haïtienne n’a pas la confiance du public. On oublie trop vite les horreurs commises par les brigands. Des policiers coupés en petits morceaux, des personnes décapitées, une famille brûlée vive un dimanche matin, des femmes et de jeunes filles violées, les enlèvements contre rançon devenus de simples faits divers… Chaque jour, on attend sans espoir, se demandant instamment: à quand son tour, car au bout du compte, personne n’est épargné. Non, la réaction de la population n’est pas de la barbarie par rapport aux violences qu’elle a subies des gangs, ces derniers temps. Face aux ennemis qui menacent son existence, le peuple haïtien doit s’unir à chaque fois et il n’appartient à personne de lui dicter sa réaction.

Par contre, la tendance actuelle consistant à exécuter une personne sous prétexte qu’elle est de mèche avec les bandits présente un danger pour celle de qui elle émane: la société. C’est une orientation inquiétante qui se doit d’être arrêtée sinon, elle risque de devenir une pratique incontrôlable. Si au départ, la réponse des citoyens est perçue comme un moyen d’autodéfense et un message adressé aux apprentis délinquants et futurs hors-la-loi, elle ne doit pas cependant aboutir à l’anarchie. Qu’on le veuille ou non, il y aura une nouvelle Haïti fondée sur l’ordre et la justice. Les signes et les messages ne laissent aucun doute. Les choses vont changer, nous en sommes certains. La situation d’aujourd’hui n’est pas une fin en soi, mais un moyen de nous projeter vers un égrégore spirituel pour parachever la recomposition d’un nouvel ordre politique, économique et juridique. Quoique marginalisée et dominée, Haïti reste un mythe. Et la renaissance viendra inexorablement!

  • Heidi FORTUNÉ
  • Cap-Haïtien, Haïti, ce 22 mai 2023

lundi 10 avril 2023

LES VOYOUS DE LA RÉPUBLIQUE

 

LES VOYOUS DE LA RÉPUBLIQUE

Haïti est un territoire qui étonne toujours. Après avoir glorieusement vaincu l'armée de Napoléon sur les champs de bataille, nous affranchissant par ainsi du joug infernal du colonialisme, le Président Jean-Pierre Boyer, militaire endurci et général de son état, accepta de payer l'indemnité exigée par la France esclavagiste pour reconnaître l'indépendance d'Haïti. Le pire dans tout cela, c'est que pour acquitter, nous avions dû emprunter de l'argent à la France elle-même. Vous avez eu tort mon général. Tout d'abord parce que le paiement de cette dette honteuse a appauvri le pays, ensuite et c'est le plus important, près de deux cents ans après cette absurdité monstrueuse, on se rend compte que les traumatismes qui ont marqué notre existence n'ont pas servi à nous fortifier et nous rendre meilleurs.

Depuis l'indépendance et jusqu'à aujourd'hui, nous avons le génie d'inventer le machiavélisme politique que même les plus grands spécialistes de la politologie nous envient. Comble d'humiliations, le héros de la guerre de 1804 devenu président est parti pour l'exil à...Paris où il y meurt finalement. Voyez! Nous faisons toujours tout et son contraire en même temps. L'exemple de Boyer est un parmi tant d'autres. C'est donc au pluriel que les voyous se comptent en Haïti. On les retrouve surtout dans la justice, dans la presse, dans  l'église, dans la politique. Tout cela n'est pas très réjouissant et c'est même angoissant.

Parlant de la justice haïtienne, c'est dans les faits un service public sans services, compte tenu de l'indigence de ses moyens, son absence d'impartialité, la misère financière et documentaire de ses tribunaux, l'insuffisante formation professionnelle et morale des Magistrats en raison de la façon dont ils exercent leur office. Le juge n'a pas à s'écarter de la loi ni de sa conscience dans sa prise de décision. Pourtant, c'est le contraire qui est vrai. Dans la majorité des cas, tout se résume à une question d'argent. Bref, la cause est entendue.

Sans les nommer, on compte de très grands journalistes et analystes politiques en Haïti, des hommes de culture, des professionnels de haut calibre. Malgré tout, c'est un métier qui disparait de jour en jour. Il y a de ses voyous dans la presse en vérité. Des aventuriers qui prostituent à petit feu le journalisme haïtien. Quand ils ne s'alignent pas au côté du pouvoir ou des nantis, ils s'affichent fièrement avec les bandits. À cause d'eux, des âmes innocentes sont victimes et les scandales sont de plus en plus dévastateurs. Ils utilisent abusivement leur micro pour s'enrichir honteusement et donner des contre-vérités permanentes en diffusant de fausses informations. Comment un journaliste notoirement connu peut-il être associé ou même ami avec un chef de gang? Vous êtes tout simplement dégoûtants,  messieurs, et le pays en a marre de vous au même titre que certains membres du clergé. Qui, sain d'esprit, continuerait d'écouter ces prêtres défroqués et ces pasteurs à la noix qui, sans crainte de Dieu, s'adonnent à la contrebande d'armes et de munitions contribuant ainsi à semer le deuil au sein la population? Vous êtes déjà condamné à l'enfer mon révérend.

On n'a actuellement que des traîtres au sommet de l'État. Il y a une véritable soumission au dictat de l'international. Difficile de nos jours de trouver un politique prêt à ne pas plier l'échine. Le pays vibre depuis deux ans au rythme de l'insécurité. De bévues permanentes aux déclarations alambiquées, si des territoires sont effectivement perdus, alors il faut endosser son incapacité comme on endosse ses vertus...avec fierté. Malheureusement, à quelques-uns, ignorance et arrogance tiennent lieu de grandeur. Et dire qu'à chaque fois, nous permettons à ces gens de fuir le pays.

Rares sont les dirigeants ayant été chassés du pouvoir à ne pas rendre des comptes de leurs crimes envers leur peuple. Ceux qui se cramponnent aujourd'hui au pouvoir à Port-au-Prince, sans feuille de route ni projet de société et au-delà du raisonnable, doivent réfléchir. Qu'ils ne se trompent pas! Lorsque la rue sera transformée en révolution, ils seront lâchés par le parrain. La justice haïtienne étant ce qu'elle est, vous ne serez sans doute pas jugés mais vous aurez une fin de vie solitaire et vous serez décédés dans le déshonneur et l'indignité nationale, peut-être même comme certains... loin de votre pays.

Haïti a effectivement besoin d'un docteur pour l'aider à sortir du coma profond dans lequel il est plongé, mais pas d'un politicien déséquilibré, gardien de ses seuls fantasmes. Nous devons, dès à présent, penser à virer tous les voyous, faisant ou non l'objet de sanctions, et faire le grand ménage une bonne fois pour toutes, pour ensuite reconstruire une convention sociale entre Haïtiennes et Haïtiens, viable pour tous.

Cap-Haïtien, Haïti, ce 10 avril 2023

Heidi FORTUNÉ

dimanche 12 mars 2023

 

SOYEZ TOUS MAUDITS!

Il m'est très difficile d'écrire sur la justice haïtienne ces derniers temps. C'est un paysage que je connais sans vraiment le connaitre, que j'aime sans avoir vraiment envie d'y retourner, que je respecte par principe, tout en déplorant les dérives, lesquelles me désolent et me révoltent à la fois. Malgré tout, je suis et je demeure un Magistrat inflexible. Dès mon adolescence, j'ai éprouvé envers cette profession une tendresse impossible à réfréner, un élan venu du cœur où se mêlent la grandeur et le désir de servir. Tout au long de mon parcours, j'ai toujours ressenti en moi, après chaque décision prise ou ordonnance rendue, cette tranquillité d'esprit, cette singularité automatique d'avoir rendu justice à qui justice est due et cette fierté d'être le chaînon d'un système qui, malgré ses heurts et ses malheurs, continue encore d'exister.

À mes yeux, être Magistrat n'est pas synonyme de pouvoir ou de richesse, loin de là... C'est plutôt une manière d'être, de se tenir à la fois hors de l'histoire et en même temps en son centre, de demeurer en toute circonstance une sorte de vigile, de scrutateur des textes de lois, de sans cesse brandir le flambeau de l'éthique et de la conscience afin de faire briller autant que possible l'espérance et la droiture. Quand on se réclame co-dépositaire de la souveraineté nationale, on ne transige pas avec la loi, on ne s'amuse pas à détruire le pays, à tuer le rêve de la jeunesse,  à patauger dans la corruption et contrôler des bandes armées ou autres furies diaboliques au profit de l'international.

Aujourd'hui, la Magistrature n'existe que de nom. Le CSPJ est un véritable foutoir et ses membres ne sont, pour la plupart, que de vils corrompus. Honte à vous tous, responsables de mon pays! Que vous soyez de l'Exécutif ou du Judiciaire ou même anciens parlementaires de la dernière législature. Quel effet ça vous fait d'avoir trahi la patrie, d'avoir comploté avec des puissances étrangères, d'avoir assassiné un Président en fonction, peu importe que ce dernier s'était écarté du droit chemin? Quelle fierté vous en tirez, à massacrer des policiers et des journalistes, à armer des gangs sans pitié, à violer des jeunes filles, à kidnapper d'honnêtes citoyens et même des enfants devant leurs établissements scolaires... si ce n'est pour rendre le pays invivable au profit de tiers? Vous êtes trop lâches pour avouer que vous avez fait erreurs. Vous touchez le fond mais vous creusez encore. Au nom des victimes, je vous maudis! Et j'appelle sur vous la malédiction et la colère divine. Puissiez-vous mourir dans des tourments atroces et que les vers de terre, sachant vos iniquités, refusent de manger vos chairs empoisonnées!

Vous avez tué la justice et maintenant vous voulez tuer Haïti. Mais aussi dérisoire que puisse apparaître cette formule, nous ne vous laisserons pas faire. Et je vous préviens d'avance, je me fous complètement de savoir mon sort. Haïti d'abord! Et malheur aux traîtres!

Cap-Haïtien, Haïti, ce 12 mars 2023

Heidi FORTUNÉ

jeudi 27 juin 2019

LA DÉLINQUANCE À COL BLANC



LA DÉLINQUANCE À COL BLANC

Pas de jour, pas d’émission, pas de « Une » sans le rapport de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, relatif aux détournement et vol des fonds de développement  »Petrocaribe ». Dans les salons comme dans les clubs, dans les universités, dans les bureaux…. à chaque coin de rue et même dans les marchés publics on ne parle que de cette saga, considérée par plus d’un comme la plus grande casse financière de toute l’histoire d’Haïti, perpétrée par un petit groupe de délinquants et de voleurs à col blanc. Comment a-t-on pu laisser de tels comportements et de telles supercheries s’enliser à ce point ?

L’implication des personnes soupçonnées d’avoir participé à la réalisation de ce vaste crime organisé est particulièrement néfaste, car elle génère une vindicte internationale donnant une piètre image de ce que nous sommes. Ce qui constitue une menace potentielle pour notre survie de peuple voire une détestation au quotidien de l’homme haïtien. En un mot, cela contribue non seulement à une mauvaise réputation du pays, mais également à la crise de confiance de l’opinion envers ses dirigeants.

Des petites combines d’agents publics mal rémunérés aux pots-de-vin des grands commis de l’État relativement bien payés, il n’en dévoile pas moins une sombre réalité de la vie nationale, et l’Exécutif haïtien où, jusqu’à présent, tout le monde s’abstient de transmettre leur déclaration de patrimoine, est loin d’être exemplaire. Que ce soit sous sa forme la plus directe et à quelques exceptions près, pour l’opinion, le Parlement est une décharge d’ordures. Et les critiques émises à l’encontre du Pouvoir judiciaire viennent noircir un tableau déjà assombri. Jamais la défiance n’a atteint un tel niveau vis-à-vis des autorités.

Le pays va mal et la colère n’est jamais retombée depuis les dernières manifestations populaires des 6 et 7 juillet 2018. La monnaie nationale ne cesse de se déprécier par rapport au dollar. L’institution policière est à genoux et n’a presque aucune capacité de projection. La durée de vie d’un haïtien vivant en Haïti est de vingt-quatre heures renouvelables tant l’insécurité est à son paroxysme. Les conditions de vie se dégradent de jour en jour, le baromètre de la corruption est à son pic, le chômage des jeunes diplômés s’envole. Misère criante, injustice sociale et ras-le-bol… ce sont des accumulations qui vont tout faire déborder.

L’audit de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif ne surprend nullement. Il ne fait que confirmer et montrer en plein jour le visage des voleurs. S’agissant d’élite économique et de grands pontes du pouvoir politique, ils devront payer plus que les autres et pour tous les autres. La lutte pour délivrer le pays des griffes des rapaces ne fait que commencer. Et qu’on ne s’y trompe pas! Viendra un jour le verdict, et quand on aura, pour donner l’exemple, livré en pâture les contrevenants…c’est là que tout prendra fin.


Heidi FORTUNÉ, Magistrat de carrière
  • Ancien Ministre de la Justice
  • Cap-Haïtien, Haïti, ce 05 juin 2019

vendredi 21 juin 2019

LA DÉLINQUANCE À COL BLANC


LA DÉLINQUANCE À COL BLANC

Pas de jour, pas d'émission , pas de "Une'' sans le rapport de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, relatif au détournement et vol des fonds de développement ''Petrocaribe''. Dans les salons comme dans les clubs, dans les universités, dans les bureaux.... à chaque coin de rue et même dans les marchés publics on ne parle que de cette saga, considérée par plus d'un comme la plus grande casse financière de toute l'histoire d'Haïti, perpétrée par un petit groupe de délinquants et de voleurs à col blanc. Comment a-t-on pu laisser de tels comportements et de telles supercheries s'enliser à ce point?

L'implication des personnes soupçonnées d'avoir participé à la réalisation de ce vaste crime organisé est particulièrement néfaste, car elle génère une vindicte internationale donnant une piètre image de ce que nous sommes. Ce qui constitue une menace potentielle pour notre survie de peuple voire une détestation au quotidien de l'homme haïtien. En un mot, cela contribue non seulement à une mauvaise réputation du pays mais également à la crise de confiance de l'opinion envers ses dirigeants.

Des petites combines d'agents publics mal rémunérés aux pots-de-vin des grands commis de l'État relativement bien payés, il n'en dévoile pas moins une sombre réalité de la vie nationale, et l'Exécutif haïtien où, jusqu'à présent, tout le monde s'abstient de transmettre leur déclaration de patrimoine, est loin d'être exemplaire. Que ce soit sous sa forme la plus directe et à quelques exceptions près, pour l'opinion, le Parlement est une décharge d'ordures. Et les critiques émises à l'encontre du Pouvoir judiciaire viennent noircir un tableau déjà assombri. Jamais la défiance n'a atteint un tel niveau vis-à-vis des autorités.

Le pays va mal et la colère n'est jamais retombée depuis les dernières manifestations populaires des 6 et 7 juillet 2018. La monnaie nationale ne cesse de se déprécier par rapport au dollar. L'institution policière est à genoux et n'a presqu'aucune capacité de projection. La durée de vie d'un haïtien vivant en Haïti est de vingt-quatre heures renouvelables tant l'insécurité est à son paroxysme. Les conditions de vie se dégradent de jour en jour, le baromètre de la corruption est à son pic, le chômage des jeunes diplômés s'envole. Misère criante, injustice sociale et ras-le-bol... ce sont des accumulations qui vont tout faire déborder.

L'audit de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif ne surprend nullement. Il ne fait que confirmer et montrer en plein jour le visage des voleurs. S'agissant d'élites économiques et de grands pontes du pouvoir politique, ils devront payer plus que les autres et pour tous les autres. La lutte pour délivrer le pays des griffes des rapaces ne fait que commencer. Et qu'on ne s'y trompe pas! Viendra un jour le verdict, et quand on aura, pour donner l'exemple, livré en pâture les contrevenants...c'est là que tout prendra fin.

Heidi FORTUNÉ
Magistrat de carrière
Ancien Ministre de la Justice
Cap-Haïtien, Haïti, ce 05 juin 2019

mercredi 13 février 2019

Une Expérience ACIDE

Une Expérience ACIDE par Heidi Fortuné

UNE EXPÉRIENCE ACIDE par Heidi Fortuné
 
Pendant que certains se battaient pour le poste, moi je suis arrivé là au hasard de la composition de l’équipe gouvernementale. Ma réputation de Magistrat intègre et compétent y était pour beaucoup. J’ai affronté des tempêtes, déjoué des complots et évité toutes sortes de pièges. J’ai fait face à des grèves téléguidées en cascades et jonglé avec des politiciens véreux. Enfin, je me suis heurté à certains collègues ou proches du Président sans oublier les parlementaires, pour la plupart, des mendiants arrogants dont le pays se serait royalement passé tant ils sont nocifs et inutiles. Ceci, pour décrire l’expérience que j’ai vécue dans l’arène politique haïtienne pendant treize longs mois (23 mars 2017 – 23 avril 2018).

Après avoir intégré le gouvernement Moise-Lafontant comme ministre de la Justice et de la Sécurité publique, j’ai vu un système judiciaire plein de talents et de dévouement, mais aussi lent et corrompu, exactement comme je le connaissais. J’étais, par contre, surpris par la difficulté à passer aux réalisations, à livrer au fond ce que la population en général et les justiciables en particulier attendaient comme résultats parce qu’il y a toujours un manque de rapidité et de vivacité dans les démarches. Les machines bureaucratiques en Haïti sont affaiblies et inefficaces, ce qui fait qu’elles vont plus lentement qu’ailleurs. Donc, on est toujours étonné qu’on délivre moins que ce qu’on voudrait délivrer.

Ma feuille de route (qui n’était pas nécessairement celle du gouvernement) était simple. Je n’allais pas réinventer la roue. Je ne crois pas aux programmes préétablis ou conçus dans des laboratoires rien que pour fasciner l’électeur avec des promesses qu’on ne peut pas tenir. La politique de rupture que je voulais incarner c’était, non seulement tenir un langage de vérité à la nation, mais aussi être très pragmatique. J’estimais avant tout que le peuple haïtien avait des besoins vitaux, des besoins primaires tels que : l’eau, l’alimentation, la santé, l’électricité, l’éducation, etc., qui n’étaient pas encore satisfaits. C’est pour cela que je pensais que la priorité pour le gouvernement se devrait d’abord de satisfaire ces besoins vitaux partout dans le pays, mais aussi de restaurer l’autorité de l’État en consolidant, notamment, le pouvoir judiciaire sur tous ses plans, tout en assurant son respect et son indépendance afin que la justice économique et sociale soit rétablie. Cela me permettrait par la même occasion de renforcer la discipline dans les Parquets et les greffes, de combattre la corruption sous toutes ses formes pour parvenir à un système fort, inspirant la confiance et capable de participer au développement harmonieux et durable du pays.

Mon passage à la tête du Ministère de la Justice et de la Sécurité publique, avec un bilan mitigé parce que… inachevé, n’aura pas aidé à changer voire améliorer la situation de la justice. Ceci pour plusieurs raisons. De par ma carrière de Magistrat sans peur et sans reproche, j’étais peut-être l’ambassadeur désigné pour la Justice, mais en tant que novice, je n’avais pas le poids politique ni le soutien nécessaire du palais national ou du parlement pour mener à bien ma mission, notamment face au mur invisible qui s’élevait autour du Président. Du coup, le jeu s’annonçait difficile et un peu plus délicat. Qu’il s’agisse de ses amis, de ses conseillers et plus tard du Président lui-même… le fait est que :‘’on ne me faisait pas confiance’’. On me reprochait de mon attitude jugée trop légaliste et de mes affinités à épouser les causes des plus vulnérables. Mes interventions en Conseil des ministres sur les cartes de débit de certains titulaires de ministères, la corruption au sein du gouvernement, la non-application de l’arrêté sur le train de vie de l’État six mois après sa publication, les mesures de rigueur et d’austérité adoptées dans mon ministère pour assainir l’administration en vue d’éviter de dépenser sans utilité et avec excès, et autres prises de position faisaient tiquer plus d’un. Et la contrariété était évidente. Je me fis des ennemis et pas des moindres. Entre le Chef de Cabinet du Président et moi, c’était une guerre ouverte à un point tel qu’on ne s’adressait plus la parole ni se saluait. Le Chef de l’État était au courant, et en définitive il a tranché. La suite, on la connait. J’ai été remplacé sans aucune élégance pendant que j’étais en voyage officiel aux Nations-Unies pour le compte et au nom du gouvernement. Mais l’histoire retiendra que je n’ai jamais été l’homme d’un homme ou d’un parti, que je n’ai porté aucun chapeau et que je n’ai été d’aucune chapelle politique et que j’ai toujours été un électron libre. On se souviendra aussi qu’à un moment donné, j’étais devenu incontrôlable au sein du pouvoir, que les désaccords avec le Président de la République sur des questions de justice notamment de procédure sur certains dossiers étaient multiples et que j’ai été le seul à lui lancer en plein visage, lors d’un Conseil des ministres, que nous nageons en pleine corruption au sein du gouvernement et qu’il faut rectifier le tir et donner le bon exemple. 
 
 Les manœuvres, les vacheries, les commérages et autres manipulations sont le lot quotidien de la vie politique en Haïti. Au sommet de l’État comme dans les arrière-cuisines du Ministère et jusqu’au Parquet de Port-au-Prince, la lutte pour le pouvoir aura été très rude. Il n’y avait plus de loyauté ni de fidélité qui tiennent. Je ne comptais plus les coups bas, les complots ou les trahisons en règle. Certes, ce n’était pas une nouveauté. La politique n’a jamais été faite pour les tendres. Mais, à la seule différence des autres démocraties, tout se règle en pleine lumière, en direct sur internet ou devant les caméras de télévision.

Le pays est en crise. Nous sommes dans une crise profonde qui a touché tous les secteurs de la société. Il y a d’abord une crise des valeurs qui fait qu’actuellement les principes cardinaux d’honneur, de dignité, de probité et de droiture ne sont plus respectés. La crise économique n’est que la conséquence de cette crise morale. Actuellement, aucun secteur n’est épargné par la précarité. Tout le monde le constate. La consommation des ménages a beaucoup diminué parce qu’ils n’ont plus les moyens. De plus en plus de chômeurs errent dans les rues…Alors que paradoxalement, le train de vie de l’État ne diminue pas, au contraire.

Pour ”Petrocaribe”, ils étaient prévenus et des pistes de solutions étaient proposées. Tout simplement, ils n’ont pas voulu écouter ni entendre raison. Mais voilà, on a touché le fond de la piscine et la jeunesse a dit non. Les jeunes sont descendus dans les rues parce que l’équipe dirigeante n’est pas en mesure d’expliquer à la nation où sont passés les milliards des fonds publics vénézuéliens destinés à faire vivre le pays. Ce qui met une nouvelle fois en exergue l’échec du gouvernement auquel j’appartenais à lutter contre la corruption, le détournement d’argent, l’enrichissement illicite sans oublier les actions et les transactions malhonnêtes.

Certains n’arrivaient pas à comprendre pourquoi je suis malgré tout resté au gouvernement en dépit de ces tourments et de ces constats d’échec. Il est évident que je n’étais pas à ma place. Ma démission était dès lors pressentie et avait même fait l’objet de rumeur, l’instant d’une soirée. La lettre était effectivement rédigée et j’en avais fait part au premier ministre de mon intention. Il n’était certainement pas d’accord avec moi, mais ne pouvait non plus comprendre mon état d’esprit et l’atmosphère dans lequel j’évoluais. Je me sentais seul contre tous. Mais après mûre réflexion, j’ai décidé de rester. Parfois claquer la porte fait l’affaire de l’adversaire et non de la cause que l’on défende. J’ai fini par comprendre que démissionner, ce serait d’un côté, tomber dans la facilité en trahissant mes convictions et la cause de la justice et de l’autre, faire le jeu des détracteurs qui n’attendaient que ça pour crier victoire. En fin de compte, je suis resté… pour la République.
La politique ne m’a jamais passionné, et mon expérience n’y a rien changé. Ceci, pour dire que mon poste de ministre de la Justice et de la Sécurité publique était pour moi mon ultime expérience publique. Et j’ai un plaisir monstrueux à retourner dans l’ombre… rejetant par ainsi toute appétence nouvelle pour la fonction politique. Je voulais faire de la politique autrement, au sens noble du terme. C’est-à-dire être au service du peuple et non de la politique politicienne qui a perverti tous les secteurs de notre société. Avec moi, la justice avait gagné en solidité et en vitalité ! Je n’ai peut-être pas réalisé mon rêve : celui de changer le système judiciaire et d’en finir avec la corruption qui le ronge. Mais, rester soi-même dans un milieu qui tente constamment de vous changer est pour moi le plus grand accomplissement.


Heidi FORTUNÉ, Magistrat de carrière, ancien ministre de la Justice et de la Sécurité publique