dimanche 5 avril 2026

HAÏTI EN LAMBEAUX

 

HAÏTI EN LAMBEAUX 

HAÏTI EN LAMBEAUX – par Heidi Fortuné

Les intrigues politiciennes visant à acquérir ou à conserver le pouvoir au détriment de l’intérêt général provoquent un agacement extrême et une frustration insupportable. Ce qui se passe en ce moment en Haïti a de quoi rendre fou. Nous aurions parlé de honte si ce mot avait encore un peu de sens dans un pays qui a fait du mensonge et de la corruption un art de vivre. Les dirigeants se payent royalement notre tête, de manière irrespectueuse et méprisante. Ils sont fermés à tout ce qui touche à l’éthique ou à la morale. Nous sommes devenus une nation dépourvue de valeur, une société d’escrocs avec des intellos de sous-sols, toujours prêts à se vautrer dans la boue pour un grain de pouvoir.

L’exemple le plus significatif est la signature d’un pacte de déshonneur entre des politiciens en situation de fragilité économique, des organisations de la société civile défaillantes et un Premier ministre dont les propos décousus et dénués de logique alertent fortement.

Cette entente permettra à ce dernier de mener une transition sans dissidence, sans présidence ni échéance. Malgré les promesses à grand renfort de propagande, on sait que les élections ne sont pas possibles dans le contexte actuel. Mais, la recherche de survie politique et de gain financier poussent : chefs de partis et d’organisations des droits humains à se coucher.

Le courage, le respect, la dignité, le sens de l’honneur…toutes ces valeurs qui faisaient autrefois la grandeur haïtienne ont disparu. Cracher sur la parole donnée, faire des courbettes sans retenue….cela ne se gêne plus.

Nous avons perdu nos repères et le sens du sacré.

L’élite intellectuelle reste silencieuse face aux violations et aux déviances. Il n’y a pas de prise de parole ou d’action de sa part, alors que la transformation d’Haïti nécessite l’engagement de toutes et de tous, pour bâtir un avenir durable. La complicité et la lâcheté de personnalités importantes et influentes du milieu, associées à un manque de responsabilité citoyenne, et une abstention de secourir une nation en péril immédiat, sont une forme de non-assistance à personne en danger.

Un petit groupe, un petit clan contrôle l’économie du pays et se met au-dessus de la loi. Ce phénomène d’oligarque se développe de plus en plus et avec une arrogance démesurée. Ces nantis opèrent un véritable hold-up sur les ressources du pays via une escroquerie à grande échelle, au su et au vu des leaders d’opinion. Ils ruinent l’économie, financent les gangs, s’adonnent au trafic de la drogue et d’armes de guerre, éliminent toute concurrence… mais qui s’en soucie ?

Des éléments de la Police nationale sont accusés de travailler avec les gangs. Cette situation de complicité crée un climat d’insécurité chronique et entrave directement les efforts pour rétablir l’ordre et l’État de droit. Les journalistes et les médias n’ont pipé mot, pendant qu’ils sont censés informer sur les faits de la société, la politique et l’actualité. Selon les perspectives, il y a depuis toujours ce manque d’objectivité, de rigueur et d’intégrité de la presse haïtienne dans le traitement de l’information.

La Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif est au cœur de plusieurs dossiers de malversations financières et de gestion opaque : favoritisme, contrats onéreux, surfacturations, conflits d’intérêts et détournements massifs de fonds. Déjà que les juges de cette juridiction ne sont pas légalement nommés, mais ce sont les mêmes têtes depuis vingt ans.

Là encore, silence radio. La République se tait !

Enfin, des soupçons de corruption et une profonde inertie minent le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, ébranlant le peu de confiance dans la justice. Des rapports de certification ont écarté des juges pour fautes graves, mais l’absence de poursuites effectives alimente la méfiance. Des magistrats accusés de vol de terrain, de faux documents académiques ou de corruption passive, ne font pas face à la justice. Alors, quelqu’un peut-il me dire pourquoi ils ne sont pas arrêtés et poursuivis ?

Haïti restera à genoux tant que nous continuerons à fermer les yeux sur l’évidence. Tant que nos institutions valoriseront l’incompétence plutôt que le mérite. Tant que le piston des incapables primera sur l’habileté. Tant que nous glorifierons les talents venus d’ailleurs, particulièrement ceux des blancs, plutôt que les nôtres. Tant que ceux qui se font passer pour les défenseurs du peuple seront les premiers à le trahir pour quelques billets, ne serait-ce qu’un tout petit peu.

Haïti ne pourra jamais se relever tant que les décisions sont dictées depuis des ambassades étrangères. Quoi que l’on dise, Haïti est un État souverain, et elle ne doit permettre à personne ni à aucun autre État de parler ou de décider pour elle. Haïti n’a pas besoin de tuteurs. Elle a besoin de partenaires. Elle n’a pas besoin de pitié, la pauvreté n’est pas un crime. Elle a besoin de respect.

Personne ne demande pourquoi notre pays marche à reculons depuis quarante ans. Haïti regorge de richesses naturelles et humaines, malgré tout, elle reste prisonnière d’une crise économique et politique récurrente. Faut-il accuser les puissances étrangères ou pointer du doigt les dirigeants haïtiens ?

La réponse n’est pas si simple.

La crise est le résultat d’une combinaison de pressions extérieures et de faiblesses internes. Qu’on me comprenne bien : Haïti n’est pas condamnée ni prisonnière de son passé. Elle fait face à un défi. Et ce défi peut devenir une chance, si les Haïtiens décident enfin de se réveiller.

Jeunesse de mon pays, vous qui faites face à une désillusion sociale et un profond sentiment de déception, si vous sentez que la situation actuelle ne correspond pas à vos attentes, levez-vous et impliquez-vous ! Plus jamais à genoux !

Nos ancêtres nous écoutent. Ils ne nous abandonneront pas car nous sommes les héritiers de leur souffrance. La lutte a été longue depuis l’esclavage, mais l’heure a sonné, la lumière est proche. Quoique en lambeaux, et malgré son état physique très dégradé… Haïti, par sa résilience, et dans pas trop longtemps… étonnera encore.


samedi 29 novembre 2025

Haïti aux Haïtiens

 

Haïti aux Haïtiens 

HAÏTI AUX HAÏTIEN

Si nous sommes libres aujourd’hui, il ne faut jamais oublier que c’est grâce à nos aïeux qui ont combattu et donné leurs vies pour nous…d’où l’épopée de Vertières, le 18 novembre 1803. Mon sentiment sur cette victoire est qu’elle était porteuse d’un rêve et qu’elle allait contribuer à élever l’Homme Noir. Mon véritable héros a toujours été Jean-Jacques Dessalines, vient ensuite et tout naturellement Henri Christophe qui a bâti la Citadelle Laferrière. Dessalines et Christophe font partie de ces rares hommes dont on n’a jamais fini de parler. Ils se distinguaient surtout par leurs coups d’éclat, leurs gestes héroïques et leur bravoure à nulle autre pareille.

Malheureusement, on ne pourra jamais les mettre en relief par rapport aux dirigeants actuels d’Haïti. Jean-Jacques Dessalines et Henri Christophe n’ont jamais été aussi vivants qu’aujourd’hui. Devant l’arrogance et l’ingérence de certains pays occidentaux dans les affaires intérieures d’Haïti, je tiens à saluer leur mémoire et évoquer leurs actions qui, jusqu’à ce jour, continuent de faire rêver les générations présentes qui les considèrent comme des repères fiables.

Quelques jours après la commémoration des festivités marquant la victoire de nos ancêtres sur les forces expéditionnaires de Napoléon Bonaparte, un conseiller-président haïtien, membre du cercle nébuleux appelé Conseil Présidentiel de Transition (CPT), a fait l’objet de menaces, d’avertissements hostiles et finalement de sanctions, étendues également aux membres de sa famille, devant le projet de mettre fin aux fonctions de l’actuel chef du gouvernement, qui est tout le contraire de ce qui était attendu.

Aux yeux de la population, le Premier ministre et les neuf conseillers sont des minables, des personnes dépourvues de  valeur morale. C’est du pareil au même. Cependant, ils sont malgré tout des Haïtiens, des autorités de mon pays, et je n’accepterai jamais que quelques blancs-becs étrangers les rabaissent de manière insultante et méprisable.

Les communications téléphoniques, envoyées via la messagerie WhatsApp aux officiels haïtiens par un simple chargé d’affaires américain et un ambassadeur canadien quelconque, qui font fi de tout principe élémentaire de la convention de Vienne traitant de la non-ingérence d’un État dans les affaires intérieures d’un autre État, sont d’une extrême gravité. Le comportement sans équivoque de ces deux diplomates est une ingérence manifeste et un déni évident du droit à l’autodétermination des peuples.

Comment a-t-on pu en arriver là? Et comment ont-ils osé, d’ailleurs? Si les conseillers-présidents ont un minimum d’honneur, ils devront déclarer ces deux diplomates ‘persona non grata’ en les sommant de quitter le territoire d’Haïti dans les vingt-quatre heures, sous peine d’être expulsés de force. C’est ce qu’auraient fait les empereurs Jean-Jacques Dessalines et Henri Christophe. L’ambassadeur du Canada et le chargé d’affaires américain doivent être déclarés indésirables et renvoyés chez eux. Sans doute, ils ne réagiront pas. La vérité, c’est qu’ils ont peur de perdre leur visa de voyage…Peu importe que la souveraineté nationale soit souillée. L’homme haïtien n’est en rien différent de l’homme blanc, et ne mérite nullement de telles humiliations. Le Nègre ne sera jamais un être inférieur. Les diplomates dénoncés sont tout simplement des racistes et des lâches. Ils n’auraient jamais eu pareille attitude envers certains dirigeants mondiaux. Les Occidentaux se sont toujours inscrits dans la logique d’imposer, par toutes les voix autorisées ou non, leur suprématie. Et jusqu’à présent, Haïti n’est pas aux Haïtiens. Elle le sera lorsque nous aurons décidé de nous battre ensemble, car sans solidarité, aucun défi, aucune lutte ne sera gagnée.

J’en ai assez. Et je refuse de me taire devant de telles situations. J’en ai marre de regarder l’enfer que vit la population haïtienne, ces injustices qui condamnent des innocents sans comprendre pourquoi ni de quoi ils sont accusés. J’essaye de rester positif mais il y a des jours, mon cœur est fatigué d’être fort. Cela fait des années que les États-Unis, la France et le Canada nous mènent en bateau et complotent sur notre dos. Ils nous mentent, nous manipulent et nous détruisent. Maintenant, je m’adresse à vous, chers compatriotes : n’en avez-vous pas marre, vous aussi, de cette clique? Alors, haussez le ton…vous qui êtes solidaires.

dimanche 7 septembre 2025

DE CÉLÉBRATION À LAMENTATION

 

DE CÉLÉBRATION À LAMENTATION 

DE CÉLÉBRATION À LAMENTATION

  • Par Heidi Fortuné

Un avant-projet de constitution, c’est avant tout une ébauche, c’est-à-dire, une version préliminaire d’une constitution. Il s’agit naturellement d’un document qui contient les idées novatrices et les propositions initiales pour la structure et le fonctionnement d’un État, ainsi que les droits et libertés des citoyens. C’est donc un travail en cours, une base de discussion et de négociation… En un mot, un brouillon qui sert de point de départ pour l’élaboration d’une constitution définitive.

Depuis quelque temps, l’idée d’une nouvelle charte fondamentale est le sujet brûlant de l’actualité en Haïti. Chacun semble s’accrocher à sa propre compréhension. Et visiblement, la majorité des citoyennes et citoyens adhère à cette initiative avec un enthousiasme qui semble occulter les difficultés inhérentes à ce projet. Le gouvernement a alors choisi, par décret en date du 17 juillet 2024, un comité technique et d’experts afin de préparer un projet dont le contenu devrait faire l’objet d’un débat national. Et le texte final sera probablement soumis à un référendum, permettant ainsi au peuple haïtien de décider ou non de son adoption.

Après plus de dix mois de travaux, la première phase du travail soumis à la discussion des citoyens suscite déjà de vives critiques et de controverses de la part de certains intellectuels et politiques. De notre point de vue, si l’avant-projet réaffirme les droits et libertés fondamentaux des citoyens, tels que la liberté d’expression, de réunion et d’association, par contre, des thèmes comme : la présidence, la justice, la nationalité, le droit de propriété des étrangers, l’implication de la jeunesse dans la vie politique du pays… sont très mal inspirés. De plus, la population n’est pas suffisamment associée à l’élaboration du document, le rendant ainsi peu représentatif de ses besoins et de ses aspirations. Ajouté à cela, le processus de révision est opaque, avec peu d’informations disponibles pour le public sur les changements proposés. On voit clairement que cet avant-projet n’est pas un document neutre, mais plutôt une tentative de quelques dirigeants, à travers un petit groupe, de renforcer leur pouvoir ou de favoriser les intérêts des puissances étrangères sur la terre d’Haïti.

Sans aucun doute, les amendements présentés ne vont pas assez loin pour résoudre les problèmes fondamentaux de la constitution en vigueur. La corruption dans l’administration publique, la mauvaise gouvernance et l’inefficacité des institutions n’ont même pas été effleurées voire débattues. On en conviendra aussi que cette version préliminaire, à partir de l’analyse de son contenu, est tout sauf exceptionnelle. Nous la considérons d’ailleurs comme une vulgaire défiguration de l’actuelle charte fondamentale. Une sorte d’ingénierie constitutionnelle où les experts autoproclamés cherchent à imposer au peuple haïtien un modèle taillé sur mesure. Ni plus ni moins!

Un autre facteur important semble n’avoir pas été pris en considération par les auteurs dudit avant-projet. Ils n’ont pas tenu compte qu’une constitution est très généralement un paquet de compromis entre les forces sociopolitiques associées à son élaboration. Et, chacune a ses idées sur ce qu’il faut inscrire dans le texte. Ce dernier doit être harmonieux, limpide et sans défaillance, pour le bien de la communauté des citoyens. Et nous insistons là-dessus : une constitution n’est pas seulement l’organisation de la séparation des pouvoirs. C’est bien plus. Par exemple, elle ne doit pas seulement consacrer l’indépendance de la justice, il faut qu’elle en précise les garanties : inamovibilité, salaire, carrière, discipline, retraite… Et peu importe si le régime est de nature parlementaire, présidentielle ou hybride, elle doit être précise, réaliste et doit indiquer sans ambiguïté la voie à suivre, l’obligé, le permis, l’interdit et même l’imprévu.

Il n’est pas de constitution parfaite, il en est cependant de meilleures que d’autres. En l’état, le texte soumis déchaîne à l’origine d’extrêmes réserves. Comment pouvons-nous porter une appréciation qualitative à son propos si nous ne voyons pas ce qui est recherché à travers ces grandes lignes? Une bonne constitution se doit d’abord d’être efficace, et cette efficacité doit se trouver à l’intérieur du texte lui-même. Aux dernières nouvelles, nous apprenons que le comité de pilotage vient de remettre au gouvernement la version finale de ses travaux sans même tenir compte des reproches et des objections formulées. La messe est donc définitivement dite.

”L’erreur est humaine mais persévérer dans l’erreur est diabolique”. Espérons que le texte ne nous révèle davantage d’inconvénients, d’inadaptations et de blocages nuisibles aux intérêts de la nation. 

dimanche 13 avril 2025

AUX ARMES CITOYENS!

 

AUX ARMES CITOYENS! Par Heidi Fortuné

AUX ARMES CITOYENS! Par Heidi Fortuné

Face au désarroi d’une jeunesse en mal de repères et à l’inaction des intellectuels marquée par un relativisme mortifère, et devant l’incapacité des forces armées haïtiennes légalement constituées à protéger la population contre les bandes criminelles, un soulèvement général et généralisé à l’ensemble du pays apparaît nécessaire pour redonner un sens à nos vies. Depuis bientôt quatre ans, le chaos est roi en Haïti. Les gangs armés, supportés par les pays occidentaux, incendient, pillent et tuent à leur guise, engendrant ainsi un mouvement de déplacement gigantesque parmi la population des quartiers les plus vulnérables. Pour la communauté internationale, la situation d’Haïti est un fait divers. C’est comme si la vie des Haïtiens n’a aucune valeur et ne compte pas… Le massacre peut continuer. Cependant, personne n’est dupe. Dans ces événements cruels, on voit très bien le complot ourdi par l’international, en complicité avec les traîtres de l’intérieur.

Qui sont les États-Unis d’Amérique, le Canada et la France pour décider du sort du peuple haïtien ? Mais qui sont-ils pour nous imposer leur volonté ? Faire subir cette atrocité aux Haïtiens, c’est en quelque sorte renier l’holocauste et donner raison à Adolf Hitler sur l’extermination physique des six millions de juifs. Les gangs armés mènent une entreprise d’anéantissement systématique contre le peuple haïtien, tout comme l’Allemagne nazie, dans le passé, contre le peuple juif. Port-au-Prince est devenu un champ de morts. Ce n’est ni plus ni moins qu’un génocide planifié. Et pourtant, on est jusqu’à présent sur une politique déclaratoire…sur des narratifs de la part des Nations Unies. La presse hexagonale parle même de guerre des gangs en référence à la situation de désordre qui règne en Haïti. Quelle dinguerie ! Pendant ce temps, nos dirigeants se gargarisent de la conjoncture sans aucun plan de sécurité concret et global.

Il faut tout un village pour élever un enfant, dit un adage africain. Haïtiennes et Haïtiens, jeunes de mon pays, je m’adresse à vous. Ne fuyez plus, mais plutôt défendez-vous. Personne ne viendra vous aider si vous ne décidez pas d’affronter ces hors-la-loi qui vous attaquent injustement. C’est une question de survie et de délivrance. Je ne pousse personne au crime, mais j’invite tout un chacun à rééquilibrer [légitime défense] son comportement face aux bandits armés. Et comme il est réservé à un homme de mourir une seule fois, autant mourir pour une cause noble et juste. Nous n’avons pas de leçons à recevoir de quiconque. Nous avons connu la guerre et les chaînes. Aujourd’hui, nous sommes les seuls maîtres de notre destin. Il n’y aura pas d’amnistie pour les bandits. Encore moins de négociation ou de cohabitation. Jugez-les, punissez-les tous en la loi de l’État souverain et en Dieu réformé pour que cela ne puisse jamais se reproduire. Et, il ne doit pas en rester un seul non imputable ni impuni afin que vous ne le vous reprochiez un jour. Si vous avez peur ou que vous voulez vous enfuir, c’est votre choix, mais sachez que vous ne faites que retarder pour plus tard votre voyage pour le repos éternel. Certes, cela  peut vous paraître éprouvant que de passer en jugement intégral, car seul Dieu en a le pouvoir, mais regardez votre vie au quotidien. Quand un gouvernement ne peut pas ou ne veut pas défendre ses citoyens, il doit tout simplement se retirer et laisser le soin à ces derniers de le faire eux-mêmes. Le système répressif de l’État étant en dégénérescence, la force de la mouvance de légitime défense populaire se révèle donc le seul remède légal et légitime à ce phénomène néfaste.

Mes chers compatriotes, votre avenir dépend de ce que vous faites aujourd’hui. L’état de légitime défense ne signifie nullement que vous êtes un criminel. Il s’agit donc de légitime défenseCelui qui se défend sous l’empire d’une contrainte irrésistible à laquelle il est impossible de se soustraire, bénéficie de l’excuse absolutoire, telle que prévue par la loi. Une poignée de brigands, accros à la drogue, ne peut pas en découdre avec dix millions d’âmes déterminées. De jour en jour, les espoirs d’une nouvelle Haïti volent en éclats. Les truands à cravates et à sapâtes (savates) tuent nos rêves et anéantissent nos joies, mais il ne tient qu’à vous, et à vous seuls, de retrouver l’enthousiasme et le souffle que mérite notre chère Haïti.

Heidi FORTUNÉ, Magistrat
ancien ministre de la Justice et de la Sécurité Publique
Cap-Haïtien, Haïti, ce 12 avril 2025
http//heidifortune.blogspot.com

jeudi 9 janvier 2025

TUEURS DE RÊVE…VOLEURS D’ESPOIR!

 

TUEURS DE RÊVE…VOLEURS D’ESPOIR! par Heidi Fortuné

TUEURS DE RÊVE…VOLEURS D’ESPOIR!

  • par Heidi Fortuné, Magistrat

Le rêve et l’espoir peuvent être perçus comme des représentations positives élaborées par la pensée, qui nous poussent à avancer, à persévérer, à espérer malgré les obstacles et les épreuves, en nous rappelant que quelque chose de meilleur nous attend au bout du tunnel. Par exemple, on entend à chaque fois : que la nouvelle Haïti est pour bientôt. Certains y croient fermement. D’autres n’y croient malheureusement pas, mais soupirent après. D’ailleurs, l’on imagine mal qu’un compatriote puisse y être défavorable face à la tragédie que traverse le pays en ce moment.

Une autre figuration sans égale dans les annales politiques haïtiennes : le conseil présidentiel de transition (CPT). On nous a annoncé avec solennité que cette institution collégiale de neuf membres, en charge du pouvoir exécutif, était la solution miracle de la crise. Après des mois de gouvernance inefficace et scandaleuse, plusieurs personnes commencent à faire grise mine et à perdre espoir. On admet certainement que rien n’est facile, mais continuer, comme si de rien n’était, pendant que les choses s’aggravent, et que le pays se délite et s’étiole à vue d’œil…ça pue au nez.

Le conseil présidentiel de transition est le symbole de la réalisation du plus grand mensonge politique de l’histoire d’Haïti. On retiendra que les membres de cette camarilla, pour la plupart, des fricoteurs, des mercantis, des prébendiers, des profitards et des spéculateurs avérés, n’ont rien accompli de la mission qui leur a été confiée, sinon dépouiller l’État de ses maigres ressources et sceller notre destin. Haïti est activement en train de mourir. Il n’y a rien de reluisant à l’horizon hormis la tristesse, la résignation, la panique et la colère…autant de forces capables de nous réveiller, de nous remuer, de nous interpeller, de nous activer. Mais hélas! Nous avons tout simplement oublié comment nous en servir.

Aucune nation ne peut créer de richesse si ses dirigeants exploitent l’économie pour s’enrichir personnellement, ou si les juges et les policiers sont sur la feuille de paie des trafiquants de drogue. Aucune entreprise ne viendra investir dans un pays où les “conseillers-présidents“, qui ne sont d’ailleurs exemptés de poursuite judiciaire, se taillent, par une appétence démesurée et pour leurs besoins propres, tout l’argent affecté au service d’intelligence nationale, censé être affecté à combattre la criminalité et à garantir la sûreté de l’État. Personne ne voudra vivre dans un pays où la règle de droit cède à la loi du plus fort et aux marchandages, où enfin les bandits et leurs sponsors occidentaux se livrent ardemment à des activités subversives destinées à pourrir davantage la situation.

Nous remémorons aujourd’hui Jean-Jacques Dessalines, Henry Christophe, François Cappoix et tous les valeureux officiers et soldats de l’armée indigène qui avaient mis en déroute la toute puissante force expéditionnaire française en novembre 1803. Devant cette situation dans laquelle nous nous trouvons, le désespoir y trouverait réponse. Devant les agissements des voleurs et des tueurs à col blanc, il y aurait pendaison ou peloton d’exécution. Pour les bandits, il y aurait assurément le deuil, par surcroit. Devant les manœuvres teintées de racisme du gouvernement dominicain, la guerre aurait éclaté depuis longtemps. Et enfin, devant le comportement arrogant et indécent de l’Amérique expansionniste et de la France esclavagiste, leurs représentations diplomatiques auraient été fermées et les membres expulsés.

Haïti, première république noire. Terre des hommes et des femmes libres, violentée par ses propres fils et violée sans retenue par l’international, est toujours debout avec ses chaînes et ses plaies. Concitoyennes et concitoyens de tout coin, des ennemis de toutes sortes œuvrent jour et nuit pour détruire vos rêves et vos espoirs. Mais, ne vous y trompez pas, l’histoire est toujours du côté des courageux et non dans le camp de ceux qui vous écorchent la peau, vous sucent le sang et vous dépouillent complètement. Aujourd’hui, les méchants dominent pendant que vous gémissez. Le temps de la rétribution viendra tôt ou tard, et ils répondront tous de leurs forfaits.

  • Heidi FORTUNÉ, Magistrat
  • Ancien juge d’instruction
  • Ancien ministre de la Justice et de la Sécurité publique
  • Cap-Haïtien, Haïti, ce 08 janvier 2025
  • http//heidifortune.blogspot.com/

dimanche 15 septembre 2024

HARRY SANCHEZ: HOMMAGE À UN GÉANT DU DROIT HAÏTIEN

 

HARRY SANCHEZ: HOMMAGE À UN GÉANT DU DROIT HAÏTIEN 

HARRY SANCHEZ: HOMMAGE À UN GÉANT DU DROIT HAÏTIEN

Il est des destins qui sortent des sentiers battus. La vie de Me Harry Sanchez, décédé aux États-Unis d’Amérique le 27 août 2024 suite à une insuffisance rénale, fut exemplaire à cet égard. Il était un modèle de science et de rigueur à nul autre pareil. Comblé de talents, il émergeait toujours et partout du lot commun des hommes. Il incarnait à lui seul la réflexion supérieure, la médiation supérieure et le courage supérieur. Il fut à l’écoute de tous ceux qui l’approchaient, et il leur donnait sans compter son temps, son savoir et sa générosité. Cela lui a valu durant toute sa vie une vénération admirative.

Jeune substitut au parquet du Cap-Haïtien, je me souviens de ce talentueux avocat, de ses prises de parole captivantes, de sa verve. À la barre, il était  un véritable artiste… une virtuose. Il avait l’imagination et la fantaisie dans la parole. Mais ce que j’ai toujours gardé en mémoire, c’est cette intervention, remarquable en son genre, qui laissa interdit le doyen du tribunal, accompagné des sbires du pouvoir dépêchés au Cap-Haïtien, spécialement pour procéder à l’arrestation du chef du parquet et l’emmener avec eux à Port-au-Prince pour une affaire à la fois sulfureuse et exagérément compliquée. Le bâtonnier Sanchez, flanqué de quelques membres de son Conseil, s’est dressé comme un obstacle entre le projet politique concocté et sa réalisation macabre. J’avoue avoir été submergé de fierté ce jour-là. C’était en 2003…, j’avais déjà 30 ans.

Dans ses plaidoiries, on admirait tout autant le travail de bénédictin que la maîtrise du style et le souci de défendre correctement son client. Harry Sanchez connaissait le pouvoir des mots, ces outils qu’on utilise pour s’exprimer et communiquer, pour révéler la vérité et pour mentir, pour séduire et pour insulter, pour convaincre et pour égarer. Il était un vrai monstre sacré au prétoire. Les jeunes auxquels il sut tracer les voies d’un avenir meilleur resteront fidèles au souvenir de ce grand homme de loi idéaliste qui refusait qu’ils s’enlisent dans la facilité et la médiocrité.

Harry Sanchez ne ménagea jamais sa générosité professionnelle. Il s’imposait par ses idées et par son travail, mais ce qui frappait plus encore, c’est que malgré son aura et son talent, il n’a, à aucun moment, cherché à entrer dans l’arène politique. Il savait combien son activité au sein du barreau servait à alimenter celle de son entourage. Il aimait manifestement ce rôle d’inspirateur et s’en réjouissait tout simplement. Ce qui me surprit dans cette prodigieuse personnalité, c’est assurément une intelligence aiguë, une mémoire remarquable, une sensibilité fine, une curiosité étendue, une capacité de travail presque sans limites, ce à quoi correspond ce qu’on pourrait appeler une inaptitude au repos. Il avait une détermination sans bornes et une ténacité qui force le destin.

J’ai eu l’honneur et le privilège de côtoyer cette légende, d’abord, comme professeur à la faculté de droit alors que je n’étais qu’un simple étudiant en herbe, et plus tard comme adversaire acharné et coriace dans les différentes salles d’audience du palais de justice quand je suis devenu ministère public, après être passé par l’École de la Magistrature. C’était un plaideur hors du commun qui savait se courber devant les bonnes décisions taillées à l’angle du droit, sans espièglerie et sans maniérisme. Il savait aussi donner raison à son vis-à-vis quand la cause était perdue et n’essayait jamais d’induire le tribunal en erreur. Je parle ici d’un homme bon et merveilleux qui n’avait rien d’un saint et qui pouvait même être un sale type antipathique en bien des occasions, en raison de ses émotions éprouvées face à un comportement inapproprié ou une violation flagrante de la loi par un magistrat. En effet, il pouvait outrager, sans penser aux conséquences, tout un tribunal quand il se trouvait en face de juges incompétents, intéressés, ignorants ou corrompus. Ça aussi était l’un des traits distinctifs du personnage.

Si sa force de caractère, son extraordinaire indépendance le faisaient apparaître parfois comme un homme autoritaire, c’était à la vérité un homme d’autorité qui savait avoir des moments d’humeur, le plus souvent justifiés, mais qui n’avait rien d’un autocrate (prenant seul ses décisions, et imposant sa volonté personnelle). Il aimait solliciter les avis des autres et écoutait généralement les conseils. Exigeant certes envers ceux qui l’entourent, il l’était plus encore envers lui-même. Néanmoins, ces collaborateurs et ses amis tiennent tous pour un privilège d’avoir pu le connaître, d’avoir pu l’assister et aussi d’avoir pu l’aimer.

L’un des malheurs de notre existence est de voir disparaître sous nos yeux, les parents, les amis et les collègues qui nous sont chers. Harry Sanchez n’a pas cherché la mort, mais en bon guerrier, il était prêt à la rencontrer. Il restera une présence permanente, par-delà son absence et au-delà même de sa cruelle fin de vie. Puisse-t-il reposer dans la paix et la mémoire de tous ceux qui furent l’objet de sa sollicitude et de son amitié. Son départ va nous marquer à jamais.

Les avocats et les magistrats garderont de sa personnalité le souvenir impérissable d’un homme de bien auquel le monde judiciaire, à l’unanimité, rend aujourd’hui un hommage fait de sensibilité et de confraternité exemplaires. Inclinons avec émotion devant l’œuvre hors du commun qui fut la sienne. Saluons en lui un des grands constructeurs de la pensée juridique du Cap-Haïtien en particulier, et du pays en général. Puissions-nous prolonger inlassablement la route que son prestigieux exemple nous incite à suivre.

jeudi 22 août 2024

ET L’ARGENT REMPLACE LE DROIT

 

ET L’ARGENT REMPLACE LE DROIT

ET L’ARGENT REMPLACE LE DROIT

  • par Heidi Fortuné

Si l’argent est le nerf de la guerre, il est aussi pour une bonne part, le nerf du fonctionnement de la justice. Dans les tribunaux, c’est lui qui module et donne un sens aux décisions. Il permet de mieux s’en sortir face au juge. Il est roi, et par conséquent, se pointe au-dessus de tout. La justice qui devait être un service public gratuit devient payante et extrêmement chère en Haïti. Avocat, juge, officier du parquet, greffier et huissier sans âme se mettent ensemble et forment ce qu’on appelle la mafia judiciaire pour gagner de l’argent rapidement et facilement. Ils choisissent d’utiliser un mode opératoire assez original pour simplifier et masquer leur subterfuge. Ce qui est recherché, c’est avant tout la souplesse et la discrétion. De nos jours, le grand avocat est celui qui sait partager ses honoraires avec un magistrat. Point barre!

Lorsqu’un justiciable arrive dans la maison de justice avec son avocat, il y a toujours dans les parages un sous-fifre pour lui souffler discrètement que s’il veut gagner son procès, il a tout intérêt à se séparer de celui-ci en lui suggérant un autre qui fait évidemment partie du réseau. Ce dernier prend alors le dossier, récupère l’argent auprès du client et va rendre compte au magistrat. L’affaire ainsi réglée, une cascade de manipulations, de corruptions et d’actions malhonnêtes s’enchaîne… et le procès est gagné. Il peut advenir aussi que le dossier soit classé sans suite, dépendamment de la juridiction saisie. Les ententes portent parfois sur des sommes importantes, et on négocie sous forme de pourcentage.

L’enseignement à tirer de cette illustration c’est que vous devez choisir entre l’avocat chevronné qui connaît bien la loi, et l’avocat corrompu qui connaît bien le juge.

Plus d’un est convaincu que pour avoir gain de cause dans un jugement actuellement, il faut sortir son portefeuille, car l’avocat et le magistrat sont de connivence. Mais, qu’est-ce qui reste du droit dans ces conditions? Pas grand-chose!

Parfois, le droit triomphe, mais souvent l’argent, les relations, les combines et les méthodes mafieuses l’emportent. Et les protagonistes tirent bien des profits de cette situation: maisons, terrains, voitures et billets de banque. Fort du pacte de partage d’honoraires conclu avec tel juge, des avocats déshonorent leur métier en négligeant de travailler leurs dossiers ou d’approfondir leurs recherches de doctrine ou de jurisprudence. Ils plaident souvent piteusement ou produisent des conclusions dignes d’un analphabète ou d’un illettré. C’est déplorable!

La religion de beaucoup de citoyens est faite: le glaive ne frappe plus les bourreaux.  Ils ne croient pas dans le système judiciaire. Dans leur esprit, si les bandits arrêtés et remis à la justice par la police sortent quelques jours plus tard, c’est parce qu’ils donnent de l’argent. Un homme en robe noire rapporte que bien des clients lui posent la question: ”combien nous allons donner au juge?” C’est le cas souvent dans les dossiers à gros sous, encore appelés ”gros dossiers”. Des juges sont attachés à des cabinets d’avocats pour aplanir le terrain des tribunaux pour lesdits cabinets, illustrant ainsi une déchéance morale et éthique à nulle autre pareille.

Malgré tout, le magistrat intègre, il existe… mais nourrit une profonde frustration face à ses collègues qui ont un train de vie largement au-dessus de leurs revenus ou de certains avocats qui font un étalage arrogant de richesse et avec qui il doit cohabiter tous les jours. Si l’Ordre des avocats doit sanctionner ses membres pour leur indélicatesse, le conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) devra tout aussi sévir contre les magistrats impliqués dans des affaires douteuses. En ce sens, l’audit de certification doit se poursuivre, car les vrais corrompus sont encore dans le système, seuls quelques malhabiles ont été coincés.