dimanche 5 avril 2026

HAÏTI EN LAMBEAUX

 

HAÏTI EN LAMBEAUX 

HAÏTI EN LAMBEAUX – par Heidi Fortuné

Les intrigues politiciennes visant à acquérir ou à conserver le pouvoir au détriment de l’intérêt général provoquent un agacement extrême et une frustration insupportable. Ce qui se passe en ce moment en Haïti a de quoi rendre fou. Nous aurions parlé de honte si ce mot avait encore un peu de sens dans un pays qui a fait du mensonge et de la corruption un art de vivre. Les dirigeants se payent royalement notre tête, de manière irrespectueuse et méprisante. Ils sont fermés à tout ce qui touche à l’éthique ou à la morale. Nous sommes devenus une nation dépourvue de valeur, une société d’escrocs avec des intellos de sous-sols, toujours prêts à se vautrer dans la boue pour un grain de pouvoir.

L’exemple le plus significatif est la signature d’un pacte de déshonneur entre des politiciens en situation de fragilité économique, des organisations de la société civile défaillantes et un Premier ministre dont les propos décousus et dénués de logique alertent fortement.

Cette entente permettra à ce dernier de mener une transition sans dissidence, sans présidence ni échéance. Malgré les promesses à grand renfort de propagande, on sait que les élections ne sont pas possibles dans le contexte actuel. Mais, la recherche de survie politique et de gain financier poussent : chefs de partis et d’organisations des droits humains à se coucher.

Le courage, le respect, la dignité, le sens de l’honneur…toutes ces valeurs qui faisaient autrefois la grandeur haïtienne ont disparu. Cracher sur la parole donnée, faire des courbettes sans retenue….cela ne se gêne plus.

Nous avons perdu nos repères et le sens du sacré.

L’élite intellectuelle reste silencieuse face aux violations et aux déviances. Il n’y a pas de prise de parole ou d’action de sa part, alors que la transformation d’Haïti nécessite l’engagement de toutes et de tous, pour bâtir un avenir durable. La complicité et la lâcheté de personnalités importantes et influentes du milieu, associées à un manque de responsabilité citoyenne, et une abstention de secourir une nation en péril immédiat, sont une forme de non-assistance à personne en danger.

Un petit groupe, un petit clan contrôle l’économie du pays et se met au-dessus de la loi. Ce phénomène d’oligarque se développe de plus en plus et avec une arrogance démesurée. Ces nantis opèrent un véritable hold-up sur les ressources du pays via une escroquerie à grande échelle, au su et au vu des leaders d’opinion. Ils ruinent l’économie, financent les gangs, s’adonnent au trafic de la drogue et d’armes de guerre, éliminent toute concurrence… mais qui s’en soucie ?

Des éléments de la Police nationale sont accusés de travailler avec les gangs. Cette situation de complicité crée un climat d’insécurité chronique et entrave directement les efforts pour rétablir l’ordre et l’État de droit. Les journalistes et les médias n’ont pipé mot, pendant qu’ils sont censés informer sur les faits de la société, la politique et l’actualité. Selon les perspectives, il y a depuis toujours ce manque d’objectivité, de rigueur et d’intégrité de la presse haïtienne dans le traitement de l’information.

La Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif est au cœur de plusieurs dossiers de malversations financières et de gestion opaque : favoritisme, contrats onéreux, surfacturations, conflits d’intérêts et détournements massifs de fonds. Déjà que les juges de cette juridiction ne sont pas légalement nommés, mais ce sont les mêmes têtes depuis vingt ans.

Là encore, silence radio. La République se tait !

Enfin, des soupçons de corruption et une profonde inertie minent le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, ébranlant le peu de confiance dans la justice. Des rapports de certification ont écarté des juges pour fautes graves, mais l’absence de poursuites effectives alimente la méfiance. Des magistrats accusés de vol de terrain, de faux documents académiques ou de corruption passive, ne font pas face à la justice. Alors, quelqu’un peut-il me dire pourquoi ils ne sont pas arrêtés et poursuivis ?

Haïti restera à genoux tant que nous continuerons à fermer les yeux sur l’évidence. Tant que nos institutions valoriseront l’incompétence plutôt que le mérite. Tant que le piston des incapables primera sur l’habileté. Tant que nous glorifierons les talents venus d’ailleurs, particulièrement ceux des blancs, plutôt que les nôtres. Tant que ceux qui se font passer pour les défenseurs du peuple seront les premiers à le trahir pour quelques billets, ne serait-ce qu’un tout petit peu.

Haïti ne pourra jamais se relever tant que les décisions sont dictées depuis des ambassades étrangères. Quoi que l’on dise, Haïti est un État souverain, et elle ne doit permettre à personne ni à aucun autre État de parler ou de décider pour elle. Haïti n’a pas besoin de tuteurs. Elle a besoin de partenaires. Elle n’a pas besoin de pitié, la pauvreté n’est pas un crime. Elle a besoin de respect.

Personne ne demande pourquoi notre pays marche à reculons depuis quarante ans. Haïti regorge de richesses naturelles et humaines, malgré tout, elle reste prisonnière d’une crise économique et politique récurrente. Faut-il accuser les puissances étrangères ou pointer du doigt les dirigeants haïtiens ?

La réponse n’est pas si simple.

La crise est le résultat d’une combinaison de pressions extérieures et de faiblesses internes. Qu’on me comprenne bien : Haïti n’est pas condamnée ni prisonnière de son passé. Elle fait face à un défi. Et ce défi peut devenir une chance, si les Haïtiens décident enfin de se réveiller.

Jeunesse de mon pays, vous qui faites face à une désillusion sociale et un profond sentiment de déception, si vous sentez que la situation actuelle ne correspond pas à vos attentes, levez-vous et impliquez-vous ! Plus jamais à genoux !

Nos ancêtres nous écoutent. Ils ne nous abandonneront pas car nous sommes les héritiers de leur souffrance. La lutte a été longue depuis l’esclavage, mais l’heure a sonné, la lumière est proche. Quoique en lambeaux, et malgré son état physique très dégradé… Haïti, par sa résilience, et dans pas trop longtemps… étonnera encore.


samedi 29 novembre 2025

Haïti aux Haïtiens

 

Haïti aux Haïtiens 

HAÏTI AUX HAÏTIEN

Si nous sommes libres aujourd’hui, il ne faut jamais oublier que c’est grâce à nos aïeux qui ont combattu et donné leurs vies pour nous…d’où l’épopée de Vertières, le 18 novembre 1803. Mon sentiment sur cette victoire est qu’elle était porteuse d’un rêve et qu’elle allait contribuer à élever l’Homme Noir. Mon véritable héros a toujours été Jean-Jacques Dessalines, vient ensuite et tout naturellement Henri Christophe qui a bâti la Citadelle Laferrière. Dessalines et Christophe font partie de ces rares hommes dont on n’a jamais fini de parler. Ils se distinguaient surtout par leurs coups d’éclat, leurs gestes héroïques et leur bravoure à nulle autre pareille.

Malheureusement, on ne pourra jamais les mettre en relief par rapport aux dirigeants actuels d’Haïti. Jean-Jacques Dessalines et Henri Christophe n’ont jamais été aussi vivants qu’aujourd’hui. Devant l’arrogance et l’ingérence de certains pays occidentaux dans les affaires intérieures d’Haïti, je tiens à saluer leur mémoire et évoquer leurs actions qui, jusqu’à ce jour, continuent de faire rêver les générations présentes qui les considèrent comme des repères fiables.

Quelques jours après la commémoration des festivités marquant la victoire de nos ancêtres sur les forces expéditionnaires de Napoléon Bonaparte, un conseiller-président haïtien, membre du cercle nébuleux appelé Conseil Présidentiel de Transition (CPT), a fait l’objet de menaces, d’avertissements hostiles et finalement de sanctions, étendues également aux membres de sa famille, devant le projet de mettre fin aux fonctions de l’actuel chef du gouvernement, qui est tout le contraire de ce qui était attendu.

Aux yeux de la population, le Premier ministre et les neuf conseillers sont des minables, des personnes dépourvues de  valeur morale. C’est du pareil au même. Cependant, ils sont malgré tout des Haïtiens, des autorités de mon pays, et je n’accepterai jamais que quelques blancs-becs étrangers les rabaissent de manière insultante et méprisable.

Les communications téléphoniques, envoyées via la messagerie WhatsApp aux officiels haïtiens par un simple chargé d’affaires américain et un ambassadeur canadien quelconque, qui font fi de tout principe élémentaire de la convention de Vienne traitant de la non-ingérence d’un État dans les affaires intérieures d’un autre État, sont d’une extrême gravité. Le comportement sans équivoque de ces deux diplomates est une ingérence manifeste et un déni évident du droit à l’autodétermination des peuples.

Comment a-t-on pu en arriver là? Et comment ont-ils osé, d’ailleurs? Si les conseillers-présidents ont un minimum d’honneur, ils devront déclarer ces deux diplomates ‘persona non grata’ en les sommant de quitter le territoire d’Haïti dans les vingt-quatre heures, sous peine d’être expulsés de force. C’est ce qu’auraient fait les empereurs Jean-Jacques Dessalines et Henri Christophe. L’ambassadeur du Canada et le chargé d’affaires américain doivent être déclarés indésirables et renvoyés chez eux. Sans doute, ils ne réagiront pas. La vérité, c’est qu’ils ont peur de perdre leur visa de voyage…Peu importe que la souveraineté nationale soit souillée. L’homme haïtien n’est en rien différent de l’homme blanc, et ne mérite nullement de telles humiliations. Le Nègre ne sera jamais un être inférieur. Les diplomates dénoncés sont tout simplement des racistes et des lâches. Ils n’auraient jamais eu pareille attitude envers certains dirigeants mondiaux. Les Occidentaux se sont toujours inscrits dans la logique d’imposer, par toutes les voix autorisées ou non, leur suprématie. Et jusqu’à présent, Haïti n’est pas aux Haïtiens. Elle le sera lorsque nous aurons décidé de nous battre ensemble, car sans solidarité, aucun défi, aucune lutte ne sera gagnée.

J’en ai assez. Et je refuse de me taire devant de telles situations. J’en ai marre de regarder l’enfer que vit la population haïtienne, ces injustices qui condamnent des innocents sans comprendre pourquoi ni de quoi ils sont accusés. J’essaye de rester positif mais il y a des jours, mon cœur est fatigué d’être fort. Cela fait des années que les États-Unis, la France et le Canada nous mènent en bateau et complotent sur notre dos. Ils nous mentent, nous manipulent et nous détruisent. Maintenant, je m’adresse à vous, chers compatriotes : n’en avez-vous pas marre, vous aussi, de cette clique? Alors, haussez le ton…vous qui êtes solidaires.

dimanche 7 septembre 2025

DE CÉLÉBRATION À LAMENTATION

 

DE CÉLÉBRATION À LAMENTATION 

DE CÉLÉBRATION À LAMENTATION

  • Par Heidi Fortuné

Un avant-projet de constitution, c’est avant tout une ébauche, c’est-à-dire, une version préliminaire d’une constitution. Il s’agit naturellement d’un document qui contient les idées novatrices et les propositions initiales pour la structure et le fonctionnement d’un État, ainsi que les droits et libertés des citoyens. C’est donc un travail en cours, une base de discussion et de négociation… En un mot, un brouillon qui sert de point de départ pour l’élaboration d’une constitution définitive.

Depuis quelque temps, l’idée d’une nouvelle charte fondamentale est le sujet brûlant de l’actualité en Haïti. Chacun semble s’accrocher à sa propre compréhension. Et visiblement, la majorité des citoyennes et citoyens adhère à cette initiative avec un enthousiasme qui semble occulter les difficultés inhérentes à ce projet. Le gouvernement a alors choisi, par décret en date du 17 juillet 2024, un comité technique et d’experts afin de préparer un projet dont le contenu devrait faire l’objet d’un débat national. Et le texte final sera probablement soumis à un référendum, permettant ainsi au peuple haïtien de décider ou non de son adoption.

Après plus de dix mois de travaux, la première phase du travail soumis à la discussion des citoyens suscite déjà de vives critiques et de controverses de la part de certains intellectuels et politiques. De notre point de vue, si l’avant-projet réaffirme les droits et libertés fondamentaux des citoyens, tels que la liberté d’expression, de réunion et d’association, par contre, des thèmes comme : la présidence, la justice, la nationalité, le droit de propriété des étrangers, l’implication de la jeunesse dans la vie politique du pays… sont très mal inspirés. De plus, la population n’est pas suffisamment associée à l’élaboration du document, le rendant ainsi peu représentatif de ses besoins et de ses aspirations. Ajouté à cela, le processus de révision est opaque, avec peu d’informations disponibles pour le public sur les changements proposés. On voit clairement que cet avant-projet n’est pas un document neutre, mais plutôt une tentative de quelques dirigeants, à travers un petit groupe, de renforcer leur pouvoir ou de favoriser les intérêts des puissances étrangères sur la terre d’Haïti.

Sans aucun doute, les amendements présentés ne vont pas assez loin pour résoudre les problèmes fondamentaux de la constitution en vigueur. La corruption dans l’administration publique, la mauvaise gouvernance et l’inefficacité des institutions n’ont même pas été effleurées voire débattues. On en conviendra aussi que cette version préliminaire, à partir de l’analyse de son contenu, est tout sauf exceptionnelle. Nous la considérons d’ailleurs comme une vulgaire défiguration de l’actuelle charte fondamentale. Une sorte d’ingénierie constitutionnelle où les experts autoproclamés cherchent à imposer au peuple haïtien un modèle taillé sur mesure. Ni plus ni moins!

Un autre facteur important semble n’avoir pas été pris en considération par les auteurs dudit avant-projet. Ils n’ont pas tenu compte qu’une constitution est très généralement un paquet de compromis entre les forces sociopolitiques associées à son élaboration. Et, chacune a ses idées sur ce qu’il faut inscrire dans le texte. Ce dernier doit être harmonieux, limpide et sans défaillance, pour le bien de la communauté des citoyens. Et nous insistons là-dessus : une constitution n’est pas seulement l’organisation de la séparation des pouvoirs. C’est bien plus. Par exemple, elle ne doit pas seulement consacrer l’indépendance de la justice, il faut qu’elle en précise les garanties : inamovibilité, salaire, carrière, discipline, retraite… Et peu importe si le régime est de nature parlementaire, présidentielle ou hybride, elle doit être précise, réaliste et doit indiquer sans ambiguïté la voie à suivre, l’obligé, le permis, l’interdit et même l’imprévu.

Il n’est pas de constitution parfaite, il en est cependant de meilleures que d’autres. En l’état, le texte soumis déchaîne à l’origine d’extrêmes réserves. Comment pouvons-nous porter une appréciation qualitative à son propos si nous ne voyons pas ce qui est recherché à travers ces grandes lignes? Une bonne constitution se doit d’abord d’être efficace, et cette efficacité doit se trouver à l’intérieur du texte lui-même. Aux dernières nouvelles, nous apprenons que le comité de pilotage vient de remettre au gouvernement la version finale de ses travaux sans même tenir compte des reproches et des objections formulées. La messe est donc définitivement dite.

”L’erreur est humaine mais persévérer dans l’erreur est diabolique”. Espérons que le texte ne nous révèle davantage d’inconvénients, d’inadaptations et de blocages nuisibles aux intérêts de la nation. 

dimanche 13 avril 2025

AUX ARMES CITOYENS!

 

AUX ARMES CITOYENS! Par Heidi Fortuné

AUX ARMES CITOYENS! Par Heidi Fortuné

Face au désarroi d’une jeunesse en mal de repères et à l’inaction des intellectuels marquée par un relativisme mortifère, et devant l’incapacité des forces armées haïtiennes légalement constituées à protéger la population contre les bandes criminelles, un soulèvement général et généralisé à l’ensemble du pays apparaît nécessaire pour redonner un sens à nos vies. Depuis bientôt quatre ans, le chaos est roi en Haïti. Les gangs armés, supportés par les pays occidentaux, incendient, pillent et tuent à leur guise, engendrant ainsi un mouvement de déplacement gigantesque parmi la population des quartiers les plus vulnérables. Pour la communauté internationale, la situation d’Haïti est un fait divers. C’est comme si la vie des Haïtiens n’a aucune valeur et ne compte pas… Le massacre peut continuer. Cependant, personne n’est dupe. Dans ces événements cruels, on voit très bien le complot ourdi par l’international, en complicité avec les traîtres de l’intérieur.

Qui sont les États-Unis d’Amérique, le Canada et la France pour décider du sort du peuple haïtien ? Mais qui sont-ils pour nous imposer leur volonté ? Faire subir cette atrocité aux Haïtiens, c’est en quelque sorte renier l’holocauste et donner raison à Adolf Hitler sur l’extermination physique des six millions de juifs. Les gangs armés mènent une entreprise d’anéantissement systématique contre le peuple haïtien, tout comme l’Allemagne nazie, dans le passé, contre le peuple juif. Port-au-Prince est devenu un champ de morts. Ce n’est ni plus ni moins qu’un génocide planifié. Et pourtant, on est jusqu’à présent sur une politique déclaratoire…sur des narratifs de la part des Nations Unies. La presse hexagonale parle même de guerre des gangs en référence à la situation de désordre qui règne en Haïti. Quelle dinguerie ! Pendant ce temps, nos dirigeants se gargarisent de la conjoncture sans aucun plan de sécurité concret et global.

Il faut tout un village pour élever un enfant, dit un adage africain. Haïtiennes et Haïtiens, jeunes de mon pays, je m’adresse à vous. Ne fuyez plus, mais plutôt défendez-vous. Personne ne viendra vous aider si vous ne décidez pas d’affronter ces hors-la-loi qui vous attaquent injustement. C’est une question de survie et de délivrance. Je ne pousse personne au crime, mais j’invite tout un chacun à rééquilibrer [légitime défense] son comportement face aux bandits armés. Et comme il est réservé à un homme de mourir une seule fois, autant mourir pour une cause noble et juste. Nous n’avons pas de leçons à recevoir de quiconque. Nous avons connu la guerre et les chaînes. Aujourd’hui, nous sommes les seuls maîtres de notre destin. Il n’y aura pas d’amnistie pour les bandits. Encore moins de négociation ou de cohabitation. Jugez-les, punissez-les tous en la loi de l’État souverain et en Dieu réformé pour que cela ne puisse jamais se reproduire. Et, il ne doit pas en rester un seul non imputable ni impuni afin que vous ne le vous reprochiez un jour. Si vous avez peur ou que vous voulez vous enfuir, c’est votre choix, mais sachez que vous ne faites que retarder pour plus tard votre voyage pour le repos éternel. Certes, cela  peut vous paraître éprouvant que de passer en jugement intégral, car seul Dieu en a le pouvoir, mais regardez votre vie au quotidien. Quand un gouvernement ne peut pas ou ne veut pas défendre ses citoyens, il doit tout simplement se retirer et laisser le soin à ces derniers de le faire eux-mêmes. Le système répressif de l’État étant en dégénérescence, la force de la mouvance de légitime défense populaire se révèle donc le seul remède légal et légitime à ce phénomène néfaste.

Mes chers compatriotes, votre avenir dépend de ce que vous faites aujourd’hui. L’état de légitime défense ne signifie nullement que vous êtes un criminel. Il s’agit donc de légitime défenseCelui qui se défend sous l’empire d’une contrainte irrésistible à laquelle il est impossible de se soustraire, bénéficie de l’excuse absolutoire, telle que prévue par la loi. Une poignée de brigands, accros à la drogue, ne peut pas en découdre avec dix millions d’âmes déterminées. De jour en jour, les espoirs d’une nouvelle Haïti volent en éclats. Les truands à cravates et à sapâtes (savates) tuent nos rêves et anéantissent nos joies, mais il ne tient qu’à vous, et à vous seuls, de retrouver l’enthousiasme et le souffle que mérite notre chère Haïti.

Heidi FORTUNÉ, Magistrat
ancien ministre de la Justice et de la Sécurité Publique
Cap-Haïtien, Haïti, ce 12 avril 2025
http//heidifortune.blogspot.com

jeudi 9 janvier 2025

TUEURS DE RÊVE…VOLEURS D’ESPOIR!

 

TUEURS DE RÊVE…VOLEURS D’ESPOIR! par Heidi Fortuné

TUEURS DE RÊVE…VOLEURS D’ESPOIR!

  • par Heidi Fortuné, Magistrat

Le rêve et l’espoir peuvent être perçus comme des représentations positives élaborées par la pensée, qui nous poussent à avancer, à persévérer, à espérer malgré les obstacles et les épreuves, en nous rappelant que quelque chose de meilleur nous attend au bout du tunnel. Par exemple, on entend à chaque fois : que la nouvelle Haïti est pour bientôt. Certains y croient fermement. D’autres n’y croient malheureusement pas, mais soupirent après. D’ailleurs, l’on imagine mal qu’un compatriote puisse y être défavorable face à la tragédie que traverse le pays en ce moment.

Une autre figuration sans égale dans les annales politiques haïtiennes : le conseil présidentiel de transition (CPT). On nous a annoncé avec solennité que cette institution collégiale de neuf membres, en charge du pouvoir exécutif, était la solution miracle de la crise. Après des mois de gouvernance inefficace et scandaleuse, plusieurs personnes commencent à faire grise mine et à perdre espoir. On admet certainement que rien n’est facile, mais continuer, comme si de rien n’était, pendant que les choses s’aggravent, et que le pays se délite et s’étiole à vue d’œil…ça pue au nez.

Le conseil présidentiel de transition est le symbole de la réalisation du plus grand mensonge politique de l’histoire d’Haïti. On retiendra que les membres de cette camarilla, pour la plupart, des fricoteurs, des mercantis, des prébendiers, des profitards et des spéculateurs avérés, n’ont rien accompli de la mission qui leur a été confiée, sinon dépouiller l’État de ses maigres ressources et sceller notre destin. Haïti est activement en train de mourir. Il n’y a rien de reluisant à l’horizon hormis la tristesse, la résignation, la panique et la colère…autant de forces capables de nous réveiller, de nous remuer, de nous interpeller, de nous activer. Mais hélas! Nous avons tout simplement oublié comment nous en servir.

Aucune nation ne peut créer de richesse si ses dirigeants exploitent l’économie pour s’enrichir personnellement, ou si les juges et les policiers sont sur la feuille de paie des trafiquants de drogue. Aucune entreprise ne viendra investir dans un pays où les “conseillers-présidents“, qui ne sont d’ailleurs exemptés de poursuite judiciaire, se taillent, par une appétence démesurée et pour leurs besoins propres, tout l’argent affecté au service d’intelligence nationale, censé être affecté à combattre la criminalité et à garantir la sûreté de l’État. Personne ne voudra vivre dans un pays où la règle de droit cède à la loi du plus fort et aux marchandages, où enfin les bandits et leurs sponsors occidentaux se livrent ardemment à des activités subversives destinées à pourrir davantage la situation.

Nous remémorons aujourd’hui Jean-Jacques Dessalines, Henry Christophe, François Cappoix et tous les valeureux officiers et soldats de l’armée indigène qui avaient mis en déroute la toute puissante force expéditionnaire française en novembre 1803. Devant cette situation dans laquelle nous nous trouvons, le désespoir y trouverait réponse. Devant les agissements des voleurs et des tueurs à col blanc, il y aurait pendaison ou peloton d’exécution. Pour les bandits, il y aurait assurément le deuil, par surcroit. Devant les manœuvres teintées de racisme du gouvernement dominicain, la guerre aurait éclaté depuis longtemps. Et enfin, devant le comportement arrogant et indécent de l’Amérique expansionniste et de la France esclavagiste, leurs représentations diplomatiques auraient été fermées et les membres expulsés.

Haïti, première république noire. Terre des hommes et des femmes libres, violentée par ses propres fils et violée sans retenue par l’international, est toujours debout avec ses chaînes et ses plaies. Concitoyennes et concitoyens de tout coin, des ennemis de toutes sortes œuvrent jour et nuit pour détruire vos rêves et vos espoirs. Mais, ne vous y trompez pas, l’histoire est toujours du côté des courageux et non dans le camp de ceux qui vous écorchent la peau, vous sucent le sang et vous dépouillent complètement. Aujourd’hui, les méchants dominent pendant que vous gémissez. Le temps de la rétribution viendra tôt ou tard, et ils répondront tous de leurs forfaits.

  • Heidi FORTUNÉ, Magistrat
  • Ancien juge d’instruction
  • Ancien ministre de la Justice et de la Sécurité publique
  • Cap-Haïtien, Haïti, ce 08 janvier 2025
  • http//heidifortune.blogspot.com/

dimanche 15 septembre 2024

HARRY SANCHEZ: HOMMAGE À UN GÉANT DU DROIT HAÏTIEN

 

HARRY SANCHEZ: HOMMAGE À UN GÉANT DU DROIT HAÏTIEN 

HARRY SANCHEZ: HOMMAGE À UN GÉANT DU DROIT HAÏTIEN

Il est des destins qui sortent des sentiers battus. La vie de Me Harry Sanchez, décédé aux États-Unis d’Amérique le 27 août 2024 suite à une insuffisance rénale, fut exemplaire à cet égard. Il était un modèle de science et de rigueur à nul autre pareil. Comblé de talents, il émergeait toujours et partout du lot commun des hommes. Il incarnait à lui seul la réflexion supérieure, la médiation supérieure et le courage supérieur. Il fut à l’écoute de tous ceux qui l’approchaient, et il leur donnait sans compter son temps, son savoir et sa générosité. Cela lui a valu durant toute sa vie une vénération admirative.

Jeune substitut au parquet du Cap-Haïtien, je me souviens de ce talentueux avocat, de ses prises de parole captivantes, de sa verve. À la barre, il était  un véritable artiste… une virtuose. Il avait l’imagination et la fantaisie dans la parole. Mais ce que j’ai toujours gardé en mémoire, c’est cette intervention, remarquable en son genre, qui laissa interdit le doyen du tribunal, accompagné des sbires du pouvoir dépêchés au Cap-Haïtien, spécialement pour procéder à l’arrestation du chef du parquet et l’emmener avec eux à Port-au-Prince pour une affaire à la fois sulfureuse et exagérément compliquée. Le bâtonnier Sanchez, flanqué de quelques membres de son Conseil, s’est dressé comme un obstacle entre le projet politique concocté et sa réalisation macabre. J’avoue avoir été submergé de fierté ce jour-là. C’était en 2003…, j’avais déjà 30 ans.

Dans ses plaidoiries, on admirait tout autant le travail de bénédictin que la maîtrise du style et le souci de défendre correctement son client. Harry Sanchez connaissait le pouvoir des mots, ces outils qu’on utilise pour s’exprimer et communiquer, pour révéler la vérité et pour mentir, pour séduire et pour insulter, pour convaincre et pour égarer. Il était un vrai monstre sacré au prétoire. Les jeunes auxquels il sut tracer les voies d’un avenir meilleur resteront fidèles au souvenir de ce grand homme de loi idéaliste qui refusait qu’ils s’enlisent dans la facilité et la médiocrité.

Harry Sanchez ne ménagea jamais sa générosité professionnelle. Il s’imposait par ses idées et par son travail, mais ce qui frappait plus encore, c’est que malgré son aura et son talent, il n’a, à aucun moment, cherché à entrer dans l’arène politique. Il savait combien son activité au sein du barreau servait à alimenter celle de son entourage. Il aimait manifestement ce rôle d’inspirateur et s’en réjouissait tout simplement. Ce qui me surprit dans cette prodigieuse personnalité, c’est assurément une intelligence aiguë, une mémoire remarquable, une sensibilité fine, une curiosité étendue, une capacité de travail presque sans limites, ce à quoi correspond ce qu’on pourrait appeler une inaptitude au repos. Il avait une détermination sans bornes et une ténacité qui force le destin.

J’ai eu l’honneur et le privilège de côtoyer cette légende, d’abord, comme professeur à la faculté de droit alors que je n’étais qu’un simple étudiant en herbe, et plus tard comme adversaire acharné et coriace dans les différentes salles d’audience du palais de justice quand je suis devenu ministère public, après être passé par l’École de la Magistrature. C’était un plaideur hors du commun qui savait se courber devant les bonnes décisions taillées à l’angle du droit, sans espièglerie et sans maniérisme. Il savait aussi donner raison à son vis-à-vis quand la cause était perdue et n’essayait jamais d’induire le tribunal en erreur. Je parle ici d’un homme bon et merveilleux qui n’avait rien d’un saint et qui pouvait même être un sale type antipathique en bien des occasions, en raison de ses émotions éprouvées face à un comportement inapproprié ou une violation flagrante de la loi par un magistrat. En effet, il pouvait outrager, sans penser aux conséquences, tout un tribunal quand il se trouvait en face de juges incompétents, intéressés, ignorants ou corrompus. Ça aussi était l’un des traits distinctifs du personnage.

Si sa force de caractère, son extraordinaire indépendance le faisaient apparaître parfois comme un homme autoritaire, c’était à la vérité un homme d’autorité qui savait avoir des moments d’humeur, le plus souvent justifiés, mais qui n’avait rien d’un autocrate (prenant seul ses décisions, et imposant sa volonté personnelle). Il aimait solliciter les avis des autres et écoutait généralement les conseils. Exigeant certes envers ceux qui l’entourent, il l’était plus encore envers lui-même. Néanmoins, ces collaborateurs et ses amis tiennent tous pour un privilège d’avoir pu le connaître, d’avoir pu l’assister et aussi d’avoir pu l’aimer.

L’un des malheurs de notre existence est de voir disparaître sous nos yeux, les parents, les amis et les collègues qui nous sont chers. Harry Sanchez n’a pas cherché la mort, mais en bon guerrier, il était prêt à la rencontrer. Il restera une présence permanente, par-delà son absence et au-delà même de sa cruelle fin de vie. Puisse-t-il reposer dans la paix et la mémoire de tous ceux qui furent l’objet de sa sollicitude et de son amitié. Son départ va nous marquer à jamais.

Les avocats et les magistrats garderont de sa personnalité le souvenir impérissable d’un homme de bien auquel le monde judiciaire, à l’unanimité, rend aujourd’hui un hommage fait de sensibilité et de confraternité exemplaires. Inclinons avec émotion devant l’œuvre hors du commun qui fut la sienne. Saluons en lui un des grands constructeurs de la pensée juridique du Cap-Haïtien en particulier, et du pays en général. Puissions-nous prolonger inlassablement la route que son prestigieux exemple nous incite à suivre.

jeudi 22 août 2024

ET L’ARGENT REMPLACE LE DROIT

 

ET L’ARGENT REMPLACE LE DROIT

ET L’ARGENT REMPLACE LE DROIT

  • par Heidi Fortuné

Si l’argent est le nerf de la guerre, il est aussi pour une bonne part, le nerf du fonctionnement de la justice. Dans les tribunaux, c’est lui qui module et donne un sens aux décisions. Il permet de mieux s’en sortir face au juge. Il est roi, et par conséquent, se pointe au-dessus de tout. La justice qui devait être un service public gratuit devient payante et extrêmement chère en Haïti. Avocat, juge, officier du parquet, greffier et huissier sans âme se mettent ensemble et forment ce qu’on appelle la mafia judiciaire pour gagner de l’argent rapidement et facilement. Ils choisissent d’utiliser un mode opératoire assez original pour simplifier et masquer leur subterfuge. Ce qui est recherché, c’est avant tout la souplesse et la discrétion. De nos jours, le grand avocat est celui qui sait partager ses honoraires avec un magistrat. Point barre!

Lorsqu’un justiciable arrive dans la maison de justice avec son avocat, il y a toujours dans les parages un sous-fifre pour lui souffler discrètement que s’il veut gagner son procès, il a tout intérêt à se séparer de celui-ci en lui suggérant un autre qui fait évidemment partie du réseau. Ce dernier prend alors le dossier, récupère l’argent auprès du client et va rendre compte au magistrat. L’affaire ainsi réglée, une cascade de manipulations, de corruptions et d’actions malhonnêtes s’enchaîne… et le procès est gagné. Il peut advenir aussi que le dossier soit classé sans suite, dépendamment de la juridiction saisie. Les ententes portent parfois sur des sommes importantes, et on négocie sous forme de pourcentage.

L’enseignement à tirer de cette illustration c’est que vous devez choisir entre l’avocat chevronné qui connaît bien la loi, et l’avocat corrompu qui connaît bien le juge.

Plus d’un est convaincu que pour avoir gain de cause dans un jugement actuellement, il faut sortir son portefeuille, car l’avocat et le magistrat sont de connivence. Mais, qu’est-ce qui reste du droit dans ces conditions? Pas grand-chose!

Parfois, le droit triomphe, mais souvent l’argent, les relations, les combines et les méthodes mafieuses l’emportent. Et les protagonistes tirent bien des profits de cette situation: maisons, terrains, voitures et billets de banque. Fort du pacte de partage d’honoraires conclu avec tel juge, des avocats déshonorent leur métier en négligeant de travailler leurs dossiers ou d’approfondir leurs recherches de doctrine ou de jurisprudence. Ils plaident souvent piteusement ou produisent des conclusions dignes d’un analphabète ou d’un illettré. C’est déplorable!

La religion de beaucoup de citoyens est faite: le glaive ne frappe plus les bourreaux.  Ils ne croient pas dans le système judiciaire. Dans leur esprit, si les bandits arrêtés et remis à la justice par la police sortent quelques jours plus tard, c’est parce qu’ils donnent de l’argent. Un homme en robe noire rapporte que bien des clients lui posent la question: ”combien nous allons donner au juge?” C’est le cas souvent dans les dossiers à gros sous, encore appelés ”gros dossiers”. Des juges sont attachés à des cabinets d’avocats pour aplanir le terrain des tribunaux pour lesdits cabinets, illustrant ainsi une déchéance morale et éthique à nulle autre pareille.

Malgré tout, le magistrat intègre, il existe… mais nourrit une profonde frustration face à ses collègues qui ont un train de vie largement au-dessus de leurs revenus ou de certains avocats qui font un étalage arrogant de richesse et avec qui il doit cohabiter tous les jours. Si l’Ordre des avocats doit sanctionner ses membres pour leur indélicatesse, le conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) devra tout aussi sévir contre les magistrats impliqués dans des affaires douteuses. En ce sens, l’audit de certification doit se poursuivre, car les vrais corrompus sont encore dans le système, seuls quelques malhabiles ont été coincés.


vendredi 26 juillet 2024

 

HAÏTI: LA MÊME EAU QUI COULE

HAÏTI: LA MÊME EAU QUI COULE

Pour bien des raisons, on a toujours tendance à placer Jean-Claude Duvalier dans la galerie des pires présidents haïtiens, non seulement pour vols et dilapidation des caisses de l’État, mais aussi pour des crimes contre ses adversaires politiques. On l’accusa de toutes les horreurs. Je venais d’avoir mes treize ans et j’allais à l’école au collège Notre-Dame du Perpétuel Secours. J’étais en sixième Kersuzan (7e AF) quand le coup d’État a eu lieu et je me souviens comme si c’était aujourd’hui. Je voyais cette foule en liesse parcourir les rues. Le jeune dictateur est renversé et contraint à l’exil. Haïti est libérée !

Il fut peut-être un vrai démon, mais il y avait de l’eau dans les robinets, de l’électricité vingt-quatre heures par jour, les rues étaient propres, la majorité des enfants mangeaient à leur faim et la population vaquait librement à ses occupations en toute sécurité. Ma mère ne travaillait pas et mon père peinait à joindre les deux bouts à chaque fin de mois, malgré tout on vivait heureux. Il n’y avait pas cette grande pauvreté, cette corruption institutionnalisée ni de fédération de gangs armés voire de territoires perdus. Depuis la chute de Jean-Claude Duvalier, le 7 février 1986, beaucoup de choses ont changé en vérité.

Trente-huit ans que nous nous définissons en fonction de critères qui nous sont étrangers. On nous parle de régime pluraliste, régime de parti unique, régime capitaliste ou libéral, régime communiste, régime socialiste, mais où est le régime adapté au peuple haïtien dans tout cela ?

Trente-huit ans que nous copions le système de démocratie à l’occidental. Trente-huit ans de résultats électoraux douteux, de crises post électorales, de gouvernance inefficace. Trente-huit ans de dépenses exorbitantes dans un océan de misère  où même le minimum n’est pas assuré. C’est toujours la même eau qui coule.

Depuis trente-huit ans, nous n’avons que des monarques qui règnent sans contre-pouvoir, et n’en rendent pas compte. 4.2 milliards de dollars ont été volés entre 2011 et 2016, sans compter les fonds détournés préalablement par la commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 qui avait fait des centaines de milliers de victimes.

Combien d’hôpitaux, combien d’écoles, combien de tribunaux et d’infrastructures aurait-on pu construire avec cet argent ?

  • Trente-huit ans d’exercice du pouvoir par des politiciens plus préoccupés par leur propre survie que par le bien-être du peuple.
  • Trente-huit ans qui nous amènent présentement à des dirigeants illégitimes.
  • Trente-huit ans de désillusion, de perte de confiance, de mauvaise gouvernance et de stagnation économique.

Il suffit de regarder les pays qui ont accédé à l’indépendance au même moment que nous et voir le niveau de vie de leurs citoyens aujourd’hui.

Maintenant, dites-moi : Haïti telle que nous la voyons actuellement est-elle meilleure que celle que nous avons connue sous le règne de Jean-Claude Duvalier ou au contraire, a-t-elle inexorablement régressé ?

Je laisse chacun avec sa réponse. Et la question suivante est : qu’est-ce qui est finalement important pour nous Haïtiens ?

Copier les autres ou tracer notre propre voie vers nos aspirations profondes ?

La situation d’Haïti est inacceptable : illégitimité, rupture constitutionnelle, crise politique, gangstérisation, déplacements forcés… Le système de gouvernance qu’on nous impose à chaque fois n’est pas adapté. C’est un fait. Quand le président n’est pas imposé, le Premier ministre est importé. Les modèles plaqués ne fonctionnent pas.

Nous n’avons pas besoin d’un grand frère blanc pour nous imposer une manière de voir, quand bien même parfois cette manière de voir pourrait être juste. Nous n’avons pas besoin. Arrêtez de croire n’importe quoi et développons ensemble notre esprit critique pour décrypter le paysage politique et adopter le type de société que nous voulons et de ne plus croire aux foutaises. Haïti soupire après des valeurs saines, des gestions vertueuses et des progrès inouïs. Ceci ne pourra pas se réaliser avec des esclaves de salon. Il est temps de changer, et on ne peut changer les choses que dans la vérité. Nous devons nous réinterroger et élaborer nos propres réponses. Pour cela, nous devons réfléchir, nous devons construire, et nous devons agir. Car si nous ne le faisons pas, personne ne viendra le faire à notre place.

Un vieux proverbe créole dit qu’après une chute, ne t’intéresse pas au lieu de ta chute, mais à celui qui t’a fait tomber. Méfions-nous des pays dits amis qui nous imposent des agendas. Ils ont tous leur politique haïtienne, alors que clairement nous-mêmes ne parvenons pas à bâtir une politique haïtienne, commune, digne de ce nom.

Le dénominateur commun à notre approche c’est la prise de conscience et le sens de la responsabilité. Le temps est venu de rechercher nos propres réponses, sans idéalisme, sans tabou, en ayant le courage de mettre en cause certains principes érigés en dogmes et en ayant à l’esprit les besoins réels de nos concitoyens. 

Haïti réécrira sa propre histoire!

 

Heidi FORTUNÉ, Magistrat

 Cap-Haïtien, Haïti, ce 22 juillet 2024

 http://heidifortune.blogspot.com

lundi 5 février 2024

RÉVOLUTION POUR UNE NOUVELLE HAÏTI

 

RÉVOLUTION POUR UNE NOUVELLE HAÏTI 

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RÉVOLUTION POUR UNE NOUVELLE HAÏTI

Albert Camus définit la révolution comme “un mouvement où l’opprimé considère que son oppression va trop loin”À mon humble avis, cela suppose que le sentiment de révolte est d’abord nourri de tripes et de cœur avant d’être intellectualisé ou médiatisé. Le soulèvement soudain est une explosion de soi, de tout son être. D’ailleurs, le révolté va plus loin de ce qu’il a toujours accepté dans l’injustice. Il prend les armes, tue, pille et détruit… Ce n’est pas la tête qui réfléchit à ce moment-là, mais le corps.

Je ne parle pas ici des Révolutions de couleurs de type « Maïdan » ni du Printemps arabequi n’étaient rien d’autre que des coups d’État fascistes fomentés, financés, orchestrés par les puissances occidentales, dont les États-Unis et ses suppôts, pour contrer l’influence de la Russie dans certains pays. C’était tout simplement des insurrections nationalistes manipulées voire carrément des mouvements indépendantistes antirusses, ayant pour seul objectif de se soulever contre l’ordre politique établi en vue d’imposer de soi-disant projets émancipateurs pour finalement s’aligner sur un modèle de gouvernance bien défini.

Une vraie révolution sous-entend le désir de bouleversement radical de l’ordre socio-économique, dans une dynamique de changement fondamental, et bien au-delà. Autrement dit, un chambardement total par une puissante volonté de rupture et de réinventions politiques inédites… La ligne révolutionnaire implique non seulement un discours radical, une rhétorique guerrière et un symbolisme pragmatique comportant ses propres orthodoxies mais également une conscientisation généralisée. En ce sens, des dégâts matériels et des pertes en vies humaines seront à déplorer. Dieu seul sait!

Les nombreuses manifestations de rue, jusque-là, motivées par des considérations ponctuelles, sont plus que justes. Les aspirations populaires restent insatisfaites. Le développement économique stagne. L’ombre de la mort va et revient à chaque instant. La situation est dramatique. En désespoir de cause, la révolution reste donc l’ultime recours, la grande secousse fondatrice d’un nouveau monde. C’est le seul moyen de rompre les chaînes de la servitude, du sous-développement et de l’insécurité pour affirmer notre personnalité et notre dignité d’homme libre.

Cependant, il est un peu trop facile de prendre les palabres et les proclamations d’un leader politique qui préfère jouer sur les mots plutôt que de rechercher les voies et moyens  pour aboutir à un véritable soulèvement historique. Le projet de révolution 2.0, née de la prise de conscience de l’état de misère et d’affaiblissement de la population, ne peut être l’affaire d’un homme. Onze millions d’âmes condamnées sont concernées. Et pour rompre avec cette mort incomplète dont ils font face tous les jours et toutes les nuits, les Haïtiens doivent se réapproprier la possibilité de refaire l’histoire.

Un vent souffle. Il souffle du nord au sud et ne pourra pas longtemps être étouffé. Ce qui crée l’étincelle de cette perturbation, c’est le besoin urgent et non-négociable d’un changement durable. Des divisions sont susceptibles de compliquer le développement et l’aboutissement du mouvement. Mais elles ne seront pas insurmontables. Dans l’état actuel des choses, la meilleure alternative est de faire front commun contre l’ennemi.

La véritable révolution à laquelle nous aspirons tous doit commencer dans notre mentalité, dans notre cœur. En effet, il est impératif, dès à présent, de penser Haïti autrement, de parler d’Haïti autrement et d’imaginer le chemin de la nouvelle Haïti autrement. Le peuple haïtien a trop souffert. Il arrive un moment où chaque ineptie doit avoir un début et une fin pour qu’une nouvelle renaissance puisse voir le jour.

Le temps de la nouvelle Haïti est proche. Une nouvelle Haïti avec des femmes nouvelles et des hommes nouveaux. Des femmes et des hommes qui ont Haïti dans le cœur, dans le sang, dans le cerveau et dans l’esprit et qui n’accepteront jamais qu’un homme ou une quelconque entité ou même un État puisse leur imposer quoi que ce soit. La nouvelle Haïti nécessite non seulement la décolonisation mais aussi la responsabilisation. Entendez par-là, nous organiser par nous-mêmes, pour nous-mêmes et pour notre propre destinée. Nous marcherons avec tous les pays qui veulent marcher avec nous et qui nous traitent avec respect. Et nous combattrons ceux qui seront dans une dynamique de nous imposer un agenda qui n’est pas en adéquation avec nos aspirations et nos réalités. Une autre page d’histoire va s’écrire.
Vive la révolution!

mercredi 3 janvier 2024

DE L’INDÉCENCE JUSQU’À L’ÉCŒUREMENT

 

DE L’INDÉCENCE JUSQU’À L’ÉCŒUREMENT 

DE L’INDÉCENCE JUSQU’À L’ÉCŒUREMENT

  • par Heidi Fortuné, Magistrat

Le juge d’instruction conduit les investigations les plus approfondies avant le procès, afin de saisir tous les faits de la cause. Il mène son enquête à charge et à décharge, de manière exhaustive, avec l’ambition de découvrir des indices, en procédant, conformément à la loi, à tous les actes d’informations utiles à la manifestation de la vérité.

Dans le cadre de son instruction, le juge convoque les témoins et les personnes soupçonnées pour être auditionnées ou interrogées en sa chambre d’instruction criminelle, mais non se faire inviter à domicile par ces derniers pour prendre un apéritif et des repas à chaque pause.

On peut déjà supposer une partialité flagrante qui empêchera un examen objectif du dossier. Qu’il s’agisse du Président de la République, du Premier Ministre ou, autres potentats du pouvoir, il faut suivre la procédure indiquée.

Le code d’instruction criminelle ne prévoit pas de telle méthode. Et cela n’aurait aucun sens.

Les articles 400 et suivants sont mal interprétés. Le respect des lois et des procédures est un impératif universel. On a plusieurs exemples sous nos yeux : des péripéties de Donald Trump en passant par les déboires du Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou, sans oublier les démêlés judiciaires de Nicolas Sarkozy et plus récemment la condamnation avec sursis d’Éric Dupond-Moretti, Garde des Sceaux en France…ils ont tous été contraints à se présenter devant les tribunaux, à se soumettre aux actes de procédure et à se plier aux injonctions imposées par la justice parce que tout simplement ils ne sont pas au-dessus de la loi.

En Haïti, le système judiciaire entretient une relation étroite, mais particulière avec le pouvoir politique. Séparée de lui conformément au principe de la séparation des pouvoirs, la justice agit dans le cadre des lois. Cependant, son indépendance est régulièrement questionnée, et mise à l’épreuve face au comportement des acteurs.

La politisation de la justice a toujours posé problème, d’où cette longue tradition de dépendance. C’est la raison pour laquelle le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) et l’École de la Magistrature (EMA) ont été créés.

Cette évolution était essentielle à la garantie de l’indépendance des magistrats dans la détermination de la poursuite pénale, mais ne résout jusqu’à présent pas la question. Je prends en exemple le dossier de l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse. Je suis incapable de dire quel était l’état d’esprit du magistrat quand il a jugé opportun de se rendre dans la résidence officielle du Premier Ministre pour procéder à son audition à titre de témoin régulièrement cité à comparaitre par-devant lui dans le cadre de l’instruction de cette affaire.

Mais, c’est une vraie honte. Honte à la justice! Honte à nos politiques! J’ignore ce qui a bien pu se passer dans sa tête. Ce que je sais par contre, c’est que ce faisant, il a atteint un degré d’ignominie qui, à coup sûr, laissera des traces pour la suite de sa carrière. J’appelle cela une profanation de l’indépendance de la Magistrature. Ce comportement bas, petit et indécent en dit long sur la personnalité de ce directeur d’enquête et l’ordonnance finale qui en suivra.

Si un juge veut être respecté, il faut déjà qu’il soit respectable. Je ne reproche pas à ce monsieur sa tendance ou son rapprochement avec le pouvoir politique, cela m’indiffère royalement. Je lui reproche ses manœuvres, au demeurant bien risibles dans l’état actuel des choses.

J’ai honte pour la Magistrature et ses dérives dangereuses. Quand on est juge, on doit être au-dessus de tout soupçon, chose qu’à l’évidence il ne comprend pas. Mais il est là, le scandale. Elle est là, l’abomination. Je me contrefous de ses états d’âme et de ses pensées. Je me contrefous de comprendre la syntaxe de son argumentation. Ce qui est certain, son comportement crée des polémiques imbéciles à des fins partisanes.

Il y a franchement des femmes et des hommes qui sèment les ruines et la peine dans ce pays sans même un frisson de gêne. Et consciemment ou pas, le juge a craché au visage de tous les magistrats intègres, a sali la mémoire du président assassiné et a piétiné la douleur de sa famille et de ses amis. Finalement, on ne sait même pas à qui on veut rendre justice dans cette histoire.

Dans toute autre démocratie, une poursuite serait envisagée par la direction de l’inspection judiciaire pour manquement aux devoirs, à l’honneur, à la délicatesse ou à la dignité contre ce magistrat.

Je rêve d’une justice qui aura les moyens de ses ambitions et où la Magistrature sera vraiment indépendante; qu’il n’y aura plus de dossiers dits “politiques” et que tous seront égaux devant la loi, pas seulement en théorie, mais aussi en pratique. Impossible me dira-t-on! Je le sais bien. Malgré tout, je continue à faire le même rêve toutes les nuits… pourvu que cela puisse se réaliser, même un peu, demain ou après-demain. Un jour en tout cas.

  • Heidi FORTUNÉ, Magistrat
  • Ancien Juge d’Instruction
  • Cap-Haïtien, Haïti, ce 03 janvier 2024
  • http//: heidifortune.blogspot.com

dimanche 8 octobre 2023

SI LA HONTE TUAIT

 

SI LA HONTE TUAIT

EFFERVESCENCE INTERNATIONALE

Quand on évoque la honte, c’est souvent à la pudeur qu’on pense aussitôt. Mais, après moult constats en rapport avec le comportement de certains dirigeants haïtiens, il semblerait que la honte n’a rien à voir avec la pudeur. Cela fait déjà plus d’un mois que la population dans le nord-est d’Haïti se bat pour leurs droits souverains et légitimes contre les autorités dominicaines. L’objet du litige: un canal! Le gouvernement haïtien s’est enfermé à double tour dans un mutisme absolu et s’est couché, malgré l’arrogance et les propos inacceptables du voisin. Se taire est complice. Et le silence est pire que la trahison.

D’emblée, j’admets que je ne dispose pas de toutes les informations auxquelles ont accès les autorités étatiques, et que je ne suis pas au fait des subtilités entourant le traité bilatéral signé entre mon pays et la République Dominicaine sur l’utilisation, par les deux antagonistes, de la rivière qui traverse les deux territoires. Je ne connais pas non plus les considérants ni les attendus qui motivent le texte officiel. Mais, en l’état actuel des choses, je me sens profondément offensé et choqué par l’attitude du Premier ministre haïtien face à l’insolence et au manque de respect du Président dominicain envers le peuple haïtien.

Les initiateurs de la construction de cette voie d’eau artificielle qui va desservir les habitants de la plaine de Maribaroux, ne reçoivent, jusqu’à présent, aucune aide venant du Locataire de la Primature si ce n’est des dons collectés entre frères et sœurs haïtiens dans un élan de patriotisme retrouvé, comme jamais auparavant. Celui-ci ignore tout bonnement les appels au secours de ses concitoyens laissés sans assistance, au beau milieu d’un conflit international complexe. Sa passivité et son inaction ne surprennent pas. Mais sous d’autres cieux, en d’autres lieux, je vous le dis, il aurait été tout simplement exécuté pour trahison.

Chef du gouvernement, comment pouvez-vous rester les bras croisés pendant qu’un pays hostile masse ses troupes à votre frontière sous la menace d’intervenir militairement pour stopper la construction d’un ouvrage érigé sur votre sol? Et que dire des propos inamicaux et racistes de la part d’officiels dominicains? Non, M. Abinader, je n’ai pas honte de mon pays, Haïti. J’ai honte de ses dirigeants dont le comportement indécent porte atteinte à la conception que nous, haïtiens, avons de la manière dont un gouvernement responsable devrait se comporter envers ses citoyens, conception fondée d’ailleurs sur notre propre Constitution.

Le peuple haïtien est dans ses bons droits et il lutte, à juste titre, pour des principes inhérents à sa souveraineté. Malédiction, à vous traîtres, traîtresses, tenants actuels du pouvoir qui rampez à plat ventre, pour aller demander pardon! Je ne sais pas combien de séries d’excuses ni combien d’années, vous seront nécessaires pour réparer ce déshonneur, refaire des ponts et établir une certaine confiance – jusque-là jamais gagnée – car présentement, vous êtes mal barrés. Heureusement pour vous, la honte ne tue pas, sinon nos cimetières seraient remplis de vos cadavres.

dimanche 6 août 2023

 

NI OUBLI…NI PARDON!


NI OUBLI…NI PARDON!

Haïti a une histoire fascinante. C’est l’une des nations les plus fières au monde. Malheureusement, sa trajectoire a été tragiquement sabotée par les actions des puissances étrangères. Tout au long de ses 220 ans d’existence, le pays a connu une suite de déboires invraisemblables marqués par les assassinats politiques, les coups d’État, la corruption, les opérations secrètes et les complots commandités par la France, par le Canada, et par les États-Unis qui ont mis en place un système de prédation économique sauvage à son encontre dans l’unique but de prolonger leur domination financière et géopolitique. Surnommée à juste titre: la Perle des Antilles, Haïti était en effet cinq fois plus riche que la Chine en 1960. En plus de ses mines d’or, elle produisait dans le temps, environ 60% du café et 50% du sucre, vendus à travers le monde. Comment diable, un pays qui possédait autant de richesses autrefois, soit-il si pauvre aujourd’hui? Ils lui ont carrément tout pris. Ils l’ont pillé et, aujourd’hui encore, ils continuent à le sucer jusqu’à la dernière goutte de sang. Ceci n’est pas seulement de la méchanceté, mais de la pure cruauté. C’est également l’une des injustices les plus répugnantes de l’histoire de l’Humanité. Et dire que des traîtres ont collaboré avec les prédateurs. Un ancien premier ministre, dans un spectacle fantasmagorique digne d’un esclave à talents sur le perron de l’Élysée eut à dire devant son maître Jacques Chirac qu’il n’y avait aucune base légale à la demande de restitution de la dette de l’indépendance réclamée par le gouvernement haïtien en 2003 et qu’on y renonce. Comment oublier ce président du Conseil Électoral Provisoire qui a manipulé, et a falsifié le résultat des élections présidentielles de 2011 sur demande des États-Unis? Les abus impérialistes sont en fait les véritables racines de la misère et du déclin économique d’Haïti. Souviens-toi et ne pardonne pas, peuple haïtien!

Actuellement, on parle d’envoyer des troupes sur le territoire national afin d’aider à rétablir la sécurité. L’enjeu du moment est d’alerter les compatriotes sur l’ampleur de la conspiration préparée secrètement contre le pays. Cela participe à faire émerger l’idée que les Haïtiens ne peuvent pas se prendre en charge et qu’ils ont besoin d’un tuteur. Comme quoi, près de vingt mille policiers professionnels dont des unités spécialisées, bien entrainées et vachement équipées, ne sont pas capables de venir à bout de quelques bandits squelettiques. Et pourtant, le problème pouvait être résolu avec le seul soutien de la population. Pour preuve, l’insécurité avait un certain temps totalement disparu avant de recommencer à défrayer la chronique. Des éléments de la société civile, des journalistes, des professionnels de métier sont enlevés. Un véritable cri de colère pour certains, un cri d’alerte pour d’autres. Cela fait deux ans qu’on laisse prospérer cette activité dans la capitale haïtienne où les gangs armés règnent en maître et seigneur. Ils font et défont à leur guise avec la complicité des autorités étatiques et sous le regard bienveillant de la communauté internationale. Le phénomène s’est radicalisé et a même évolué depuis que le gouvernement a interdit à la population de donner la chasse aux bandits. La remobilisation s’avère donc nécessaire et urgente, c’est le seul remède capable de guérir la maladie. Il faut que le mouvement recommence et s’amplifie, mais de façon bien ordonnée. Qu’on ne s’y méprenne pas! L’insécurité est un peu comme un chien couché, il devient dangereux dès qu’on lâche la bride. Les derniers événements montrent que cette bride a été lâchée. Dans la situation actuelle, il y a plus important que le droit et les conventions internationales, c’est la survie de la nation haïtienne et de chaque citoyen haïtien qui est menacée. On n’oubliera pas les victimes, on ne pardonnera jamais à leurs bourreaux!

 Neque remissionem, neque oblivionem. Ainsi soit-il!

 

 Heidi FORTUNÉ

 Cap-Haïtien, Haïti, ce 04 août 2023

mardi 30 mai 2023

Sans Langue de Bois ni Xyloglossie

 


Sans Langue de Bois ni Xyloglossie

SANS LANGUE DE BOIS NI XYLOGLOSSIE

Il est des pays contre lesquels le malheur semble s’acharner. Haïti en est, hélas, l’un des tristes exemples. De l’asservissement à l’insurrection, les esclaves haïtiens chassent les colons français et fondent leur propre nation. Le monde occidental, en particulier, les États-Unis d’Amérique, la France, l’Angleterre et l’Espagne feront payer cher sa témérité pendant des générations à la première République noire, pour avoir osé se rebeller. Ils ne reconnaîtront pas son indépendance qu’ils considèrent comme un mauvais exemple pour leurs propres esclaves et feront tout pour la rendre instable. Et depuis, c’est le chaos politique, le marasme économique, la mise sous tutelle, le pillage des richesses, le vol, la corruption, la mauvaise administration, ajouter à cela, les multiples catastrophes, à répétition, liées aux phénomènes climatiques. Le destin a toujours été cruel avec le peuple haïtien.

Privée d’État et d’élite, pillée par les étrangers et trahie par ses propres fils, Haïti est un pays martyr. Et, de soi-disant amis de la communauté internationale portent une part énorme de responsabilité dans le désastre. Aujourd’hui, on a le sentiment de vivre dans un territoire délaissé des pouvoirs publics au profit des bandes armées. Combien de personnes vivent encore chez elles à Port-au-Prince? Combien ont quitté leurs domiciles pour ne pas se faire massacrer? Des quartiers et des villages se vident chaque jour au rythme des avancées alarmantes de bandits. Le gouvernement laisse faire, les médias grand public se taisent carrément. La population est livrée à elle-même. Les citoyens sont aux abois. Partout, c’est la peur et le désespoir. Même les Nations Unies se désolidarisent. Et soudain, comme à chaque fois quand ça va mal, se met à dégager une énergie collective plus entrevue depuis longtemps… Le peuple crée un mouvement spontané de résistance consistant à traquer et tuer les bandits.

Les avantages que cette réaction populaire apporte ne sont pas à ignorer. Non seulement elle soutient une cause morale qui est d’éradiquer le banditisme, mais aussi, elle se justifie comme de facto une expression de souveraineté populaire. Toutefois, ceux-ci sont moindres par rapport aux dangers qu’elle peut engendrer, vu son caractère inique et illégal. Il est prescrit: ”Nul ne peut se faire justice lui-même”. Dans toute société démocratique, l’État monopolise le pouvoir de punir en interdisant toute forme de justice privée étant tenu de garantir le droit à la vie (art 3 DUDH). Mais, qu’en est-il lorsque ce même État manque à son obligation et à sa responsabilité? Que doivent faire les citoyens quand, de connivence, le gouvernement s’abstient de prendre des mesures pour prévenir et punir les bandes de malfaiteurs? Quand tout va mal, il n’y a pas trente-six solutions, c’est la révolte générale.

Certains diront que la justice populaire ne doit, en aucun cas, se substituer à l’autorité judiciaire. La vérité c’est que l’autorité judiciaire haïtienne n’a pas la confiance du public. On oublie trop vite les horreurs commises par les brigands. Des policiers coupés en petits morceaux, des personnes décapitées, une famille brûlée vive un dimanche matin, des femmes et de jeunes filles violées, les enlèvements contre rançon devenus de simples faits divers… Chaque jour, on attend sans espoir, se demandant instamment: à quand son tour, car au bout du compte, personne n’est épargné. Non, la réaction de la population n’est pas de la barbarie par rapport aux violences qu’elle a subies des gangs, ces derniers temps. Face aux ennemis qui menacent son existence, le peuple haïtien doit s’unir à chaque fois et il n’appartient à personne de lui dicter sa réaction.

Par contre, la tendance actuelle consistant à exécuter une personne sous prétexte qu’elle est de mèche avec les bandits présente un danger pour celle de qui elle émane: la société. C’est une orientation inquiétante qui se doit d’être arrêtée sinon, elle risque de devenir une pratique incontrôlable. Si au départ, la réponse des citoyens est perçue comme un moyen d’autodéfense et un message adressé aux apprentis délinquants et futurs hors-la-loi, elle ne doit pas cependant aboutir à l’anarchie. Qu’on le veuille ou non, il y aura une nouvelle Haïti fondée sur l’ordre et la justice. Les signes et les messages ne laissent aucun doute. Les choses vont changer, nous en sommes certains. La situation d’aujourd’hui n’est pas une fin en soi, mais un moyen de nous projeter vers un égrégore spirituel pour parachever la recomposition d’un nouvel ordre politique, économique et juridique. Quoique marginalisée et dominée, Haïti reste un mythe. Et la renaissance viendra inexorablement!

  • Heidi FORTUNÉ
  • Cap-Haïtien, Haïti, ce 22 mai 2023

lundi 10 avril 2023

LES VOYOUS DE LA RÉPUBLIQUE

 

LES VOYOUS DE LA RÉPUBLIQUE

Haïti est un territoire qui étonne toujours. Après avoir glorieusement vaincu l'armée de Napoléon sur les champs de bataille, nous affranchissant par ainsi du joug infernal du colonialisme, le Président Jean-Pierre Boyer, militaire endurci et général de son état, accepta de payer l'indemnité exigée par la France esclavagiste pour reconnaître l'indépendance d'Haïti. Le pire dans tout cela, c'est que pour acquitter, nous avions dû emprunter de l'argent à la France elle-même. Vous avez eu tort mon général. Tout d'abord parce que le paiement de cette dette honteuse a appauvri le pays, ensuite et c'est le plus important, près de deux cents ans après cette absurdité monstrueuse, on se rend compte que les traumatismes qui ont marqué notre existence n'ont pas servi à nous fortifier et nous rendre meilleurs.

Depuis l'indépendance et jusqu'à aujourd'hui, nous avons le génie d'inventer le machiavélisme politique que même les plus grands spécialistes de la politologie nous envient. Comble d'humiliations, le héros de la guerre de 1804 devenu président est parti pour l'exil à...Paris où il y meurt finalement. Voyez! Nous faisons toujours tout et son contraire en même temps. L'exemple de Boyer est un parmi tant d'autres. C'est donc au pluriel que les voyous se comptent en Haïti. On les retrouve surtout dans la justice, dans la presse, dans  l'église, dans la politique. Tout cela n'est pas très réjouissant et c'est même angoissant.

Parlant de la justice haïtienne, c'est dans les faits un service public sans services, compte tenu de l'indigence de ses moyens, son absence d'impartialité, la misère financière et documentaire de ses tribunaux, l'insuffisante formation professionnelle et morale des Magistrats en raison de la façon dont ils exercent leur office. Le juge n'a pas à s'écarter de la loi ni de sa conscience dans sa prise de décision. Pourtant, c'est le contraire qui est vrai. Dans la majorité des cas, tout se résume à une question d'argent. Bref, la cause est entendue.

Sans les nommer, on compte de très grands journalistes et analystes politiques en Haïti, des hommes de culture, des professionnels de haut calibre. Malgré tout, c'est un métier qui disparait de jour en jour. Il y a de ses voyous dans la presse en vérité. Des aventuriers qui prostituent à petit feu le journalisme haïtien. Quand ils ne s'alignent pas au côté du pouvoir ou des nantis, ils s'affichent fièrement avec les bandits. À cause d'eux, des âmes innocentes sont victimes et les scandales sont de plus en plus dévastateurs. Ils utilisent abusivement leur micro pour s'enrichir honteusement et donner des contre-vérités permanentes en diffusant de fausses informations. Comment un journaliste notoirement connu peut-il être associé ou même ami avec un chef de gang? Vous êtes tout simplement dégoûtants,  messieurs, et le pays en a marre de vous au même titre que certains membres du clergé. Qui, sain d'esprit, continuerait d'écouter ces prêtres défroqués et ces pasteurs à la noix qui, sans crainte de Dieu, s'adonnent à la contrebande d'armes et de munitions contribuant ainsi à semer le deuil au sein la population? Vous êtes déjà condamné à l'enfer mon révérend.

On n'a actuellement que des traîtres au sommet de l'État. Il y a une véritable soumission au dictat de l'international. Difficile de nos jours de trouver un politique prêt à ne pas plier l'échine. Le pays vibre depuis deux ans au rythme de l'insécurité. De bévues permanentes aux déclarations alambiquées, si des territoires sont effectivement perdus, alors il faut endosser son incapacité comme on endosse ses vertus...avec fierté. Malheureusement, à quelques-uns, ignorance et arrogance tiennent lieu de grandeur. Et dire qu'à chaque fois, nous permettons à ces gens de fuir le pays.

Rares sont les dirigeants ayant été chassés du pouvoir à ne pas rendre des comptes de leurs crimes envers leur peuple. Ceux qui se cramponnent aujourd'hui au pouvoir à Port-au-Prince, sans feuille de route ni projet de société et au-delà du raisonnable, doivent réfléchir. Qu'ils ne se trompent pas! Lorsque la rue sera transformée en révolution, ils seront lâchés par le parrain. La justice haïtienne étant ce qu'elle est, vous ne serez sans doute pas jugés mais vous aurez une fin de vie solitaire et vous serez décédés dans le déshonneur et l'indignité nationale, peut-être même comme certains... loin de votre pays.

Haïti a effectivement besoin d'un docteur pour l'aider à sortir du coma profond dans lequel il est plongé, mais pas d'un politicien déséquilibré, gardien de ses seuls fantasmes. Nous devons, dès à présent, penser à virer tous les voyous, faisant ou non l'objet de sanctions, et faire le grand ménage une bonne fois pour toutes, pour ensuite reconstruire une convention sociale entre Haïtiennes et Haïtiens, viable pour tous.

Cap-Haïtien, Haïti, ce 10 avril 2023

Heidi FORTUNÉ